Fribourg: la religion dans les médias, les médias comme religion (120492)
Fribourg, 12avril(APIC) Le rapport entre les médias et la religion a de
tout temps été ambigu, dès avant l’apparition des médias audios-visuels.
Une quinzaine de sociologues et de spécialistes des médias se sont réunis
deux jours à Fribourg pour en discuter. Les divers intervenants suisses et
étrangers ont apporté les uns une vision assez pessimiste, les autres un
regard beaucoup plus optimiste. Reste qu’en général en Europe, les Eglises
manifestent une certaine méfiance envers les médias et particulièrement envers la la télévision.
Jean-Luc Renaud, Suisse de l’étranger vivant à Londres où il dirige une
agence de consultation spécialisée dans les médias a décrit par le menu le
système de la télévision américaine et particulièrement le phénomène des
télé-évangélistes. Ayant vécu 7 ans aux Etats-Unis, où il a obtenu un doctorat à la Michigan State University, il a été confronté à cette "évangélisation" par la télévision.
Contrairement à une idée généralisée, la télévision américaine n’est
pas, selon lui, en train d’envahir l’Europe. De fait les importations de
programmes américains sont sur le déclin, à cause de l’amélioration de la
production européenne. L’augmentation des coûts de production aux EtatsUnis, et le fait d’une loi qui veut qu’une production domestique soit toujours plus appréciée du public qu’une production étrangère, entrent aussi
en ligne de compte dans ce constat.
Le phénomène des télé-évangélistes, est trop intrinséquement lié à la
société américaine pour avoir une chance en Europe occidentale. L’Europe
est dans son ensemble beaucoup plus "laïque" que les Etats-Unis. La télévision de service public y garde une très large audience et offre une pluralité de programmes beaucoup plus grande, y compris des programmes religieux. Les chaînes nationales américaines CBS et NBC ne diffusent que 10
heures de programmes religieux par an. Enfin les critères économiques: coût
de production, morcellement des marchés, problèmes de langues sont un obstacle important.
Les pays de l’Est semblent offrir par contre un terrain plus favorable.
La religion peut servir d’idéal de remplacement après l’effondrement du
communisme. La fascination pour les Etats-Unis y est totale, les télévisions manquent d’argent et de moyens. Or les télé-évangélistes américains
en ont à distribuer. C’est peut-être finalement de l’Est que les télé-évangélistes partiront à la conquête de l’Ouest.
Le journaliste chrétien, un homme de frontières
Dans un autre contexte, Hans Norbert Janoswski, pasteur de l’Eglise
évangélique de Bade-Wurtemberg et rédacteur en chef du mensuel "Evangelischen Kommentare" a apporté le témoignage d’un journaliste chrétien placé
devant le dilemme des médias: "Bad news, good news" les mauvaises nouvelles
sont les bonnes nouvelles. Rappelant la vision pessimiste selon laquelle
les médias et surtout la télévision sont la religion du monde industriel,
dans lequel la réalité est stylisée et interprétée à un point tel que parfois on ne trouve plus aucune différence entre la fiction et le réel, Hans
Norbert Janowski a décrit le journaliste chrétien comme un homme de frontière. Ce dernier doit remplir le déficit des Eglises à communiquer comme
il doit remplir le déficit des médias à communiquer la foi.
"Nous faisons des efforts pour ne pas nous rendre visibles"
Freddy Klopfenstein, ancien rédacteur en chef de la "Vie Protestante" et
chargé de l’information de l’Eglise nationale protestante de Genève a de
son côté, décrit la situation de la législation suisse à propos des médias
et de la religion. Citant le conseiller d’Etat vaudois Druet qui disait en
1848: "Il faut soutenir l’Eglise parce qu’elle maintient le sentiment religieux dans de justes limites", le pasteur genevois a constaté que ce principe gouverne encore la législation actuelle concernant les médias.
Celle-ci ne mentionne qu’une seule fois la religion pour dire que la publicité religieuse est prohibée à la télévision comme celle du tabac et de
l’alcool.
A propos de l’impact plus fort de l’Eglise catholique dans les médias,
du fait de sa structure hiérarchique, le pasteur genevois déplore que certains milieux protestants "font des efforts pour ne pas se rendre visibles". Il a regretté qu’un "conservatisme nerveux" associé à un cantonalisme étroit affaiblisse le rôle de la Fédération des Eglises protestantes de
la Suisse dans le domaine.
Jean Widmer sociologue et professeur à l’Institut de journalisme de
l’Université de Fribourg a analysé le rapport entre les médias et l’image
et la réalité à travers un large panorama historique allant du début des
temps modernes à la guerre du Golfe.
Les Eglises ne sont pas défavorisées dans les médias suisses
Raphaël Aubert, théologien et journaliste à la rubrique internationale
de la Radio Suisse Romande, a rappelé que, de fait, les Eglises ont tort de
se plaindre des médias. Elles bénéficient, à son avis, en Suisse d’un a
priori plutôt favorable. L’avénement de Jean-Paul II en 1978 et de l’ayatollah Khomeini en 1979 ont obligé les médias à se pencher sur le problème
religieux et à abandonner une certaine vision marxiste de la religion comme
"opium du peuple". Il regrette d’autre part que les Eglises ne parlent pas
assez de la transcendance dans les émissions qui leur sont réservées, puisque c’est ce qui fait leur spécificité propre. (apic/mp)