Fribourg: la musique sacrée, son histoire, ses limites (040391)
Fribourg, 4mars(APIC) Y a-t-il une musique sacrée ? Si oui, quels sont
les critères qui la définissent ? Quel répertoire choisir pour les célébrations en paroisse ? Quelle est la place de la musique dans la liturgie ?
Autant de questions que se sont posées une cinquantaine de compositeurs,
chefs de choeurs, chanteurs, musiciens, animateurs liturgiques et prêtres
réunis samedi au séminaire diocésain à Villars-sur-Glâne pour une journée
de réflexion sur les pratiques musicales en liturgie. Répondant à l’invitation du Centre catholique romand de formation permanente (CCRFP), ils
étaient venus écouter le Père Claude Duchesneau, liturgiste et compositeur.
L’écoute d’extraits musicaux de plusieurs traditions et cultures, qui a
ouvert la réflexion, a permis une première approche des notions de musique
sacrée, musique religieuse et musique liturgique dans leur richesse et leur
diversité. Une écoute qui a mis en évidence le flou de ces notions et soulevé plusieurs questions: qu’est-ce qui fait qu’une musique est sacrée ?
Une musique est-elle sacrée en elle-même ou dans les rapports que l’on a
avec elle ? Toute musique peut-elle entrer dans une célébration liturgique?
Tout n’est-il pas finalement qu’une question d’intentionnalité ?
Le Père Duchesneau, professeur de liturgie à Paris et membre du CNPL
(Centre national de pastorale liturgique), a précisé sa pensée et éclairé
le débat dans un exposé sur les origines, les limites et la place de la musique sacrée dans les textes de l’Eglise.
La musique sacrée, une notion qui évolue
Le terme de "musique sacrée" est d’origine luthérienne: il apparaît pour
la première fois dans un ouvrage du compositeur et théoricien allemand de
la musique Michael Praetorius, au XVIIe siècle, le syntagma musicum. Cependant, la réflexion de l’Eglise catholique sur la musique dans la liturgie
est bien antérieure, a relevé le Père Duchesneau: elle remonte à saint Augustin. L’évêque d’Hippone fait la différence entre musica ecclesiastica
(ce que l’on considère aujourd’hui comme musique sacrée savante) et cantus
ecclesiasticus (le chant rituel), dont les fonctions sont différentes: si
la première doit aider à prier par ses qualités musicales et artistiques,
le second doit faire en sorte que le rite fonctionne.
C’est en 1860 seulement, a souligné le conférencier, que le terme de
"musique sacrée" apparaît pour la première fois dans un document officiel
de l’Eglise. En 1870, Pie IX approuve officiellement les principes du cécilianisme, qui se révéleront bien vite trop étroits. L’Eglise poursuit sa
réflexion avec le motu proprio de Pie XI de 1903 sur la musique, l’encyclique de Pie XII sur la musique sacrée, Musicae sacrae disciplina, du 25 décembre 1955, qui élargit le répertoire au chant populaire, et l’Instruction
pastorale De musica sacra sur la musique, de 1958.
A l’aube du Concile Vatican II, la notion de musique sacrée englobe le
chant grégorien, la musique polyphonique, la musique sacrée moderne, la musique sacrée pour orgue, le chant populaire religieux et la musique religieuse. Un domaine très vaste, que le Concile va préciser - tout en conservant le terme de "musique sacrée" -, en ces termes, qui orientent aujourd’hui encore les pratiques liturgiques: "La musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique".
Une musique belle et adaptée à la liturgie
Vatican II a renouvelé la réflexion dans le domaine liturgique en rappelant - ce que le XIXe siècle avait occulté au profit du confort d’écoute que la musique dans les célébrations religieuses est "faite pour quelque
chose, pour que l’action liturgique se réalise", a relevé le Père Duchesneau. De plus, a-t-il souligné, la notion de sacré met en jeu des sciences
aussi diverses que l’ethnologie, l’anthropologie, la musicologie, l’esthétique, la théologie et la liturgie. Pour le Père Duchesneau, qui se réfère
au Concile, c’est la destination, l’intention qui fait qu’une musique est
sacrée; le choix liturgique est laissé à la liberté du chrétien, qui doit
tenir compte non seulement de la valeur artistique de la musique, mais de
sa convenance avec la célébration. La "connexion" qu’évoque Vatican II, at-il conclu, rejoint le De pulchro et apto ("Du beau et de l’apte") de
saint Augustin. (apic/cor)