Fribourg : la dette, l’affaire de tous (040390)
Fribourg, 4mars(APIC) "Il faut rechercher une stratégie différente de gérer la dette. C’est notre devoir et notre intérêt", a affirmé l’économiste
américaine Susan George, directrice associée au Transnational Institute
d’Amsterdam, lors d’une conférence donnée vendredi 2 mars à Fribourg dans
le cadre de la campagne de Carême 1990 qui a pour thème "La dette ou la
vie". Une conviction née de trois années de réflexion et qu’elle a partagée
dans son exposé intitulé "Désarmer la dette. Nous le pouvons - mais le voulons-nous ?". Elle a livré ses propres réponses au problème de la dette internationale, se fondant sur une analyse précise et lucide de la réalité et
insistant sur la nécessité de tenir, pour être crédible, un langage autre
que le langage purement humanitaire.
Blocage des salaires, dévaluation, hausse des prix des produits de base,
suppression des subventions aux denrées alimentaires, hausse des impôts et
du taux d’intérêt, licenciements en masse, privatisation des services publics, compression des dépenses sociales : telles sont les traits caractéristiques des politiques de réajustement structurel imposées par le Fonds
Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale aux pays endettés pour
les aider à rembourser leur dû. Les conséquences sont catastrophiques pour
le tiers monde: une misère noire et des émeutes réprimées dans le sang. Selon un rapport de l’UNICEF de 1989, la dette tue jusqu’à un demi-million
d’enfants chaque année. Devant un tel constat, Susan George s’est interrogée : "Est-ce que les stratégies actuelles sont valables ?" Chiffres à
l’appui, elle a montré que la situation ne fait qu’empirer depuis dix ans
et que la dette, si elle touche durement l’hémisphère sud, n’épargne pas
les pays industrialisés.
Pour Susan George en effet, la dette est l’affaire de tous : elle lie
intimement le Nord prospère au Sud appauvri. Elle grève le contribuable,
participe à la destruction de l’environnement, encourage le trafic de drogue et l’immigration, provoque des pertes d’emplois et entretient une instabilité politique : autant de conséquences qui doivent inquiéter le Nord,
non seulement pour des raisons morales, a souligné l’économiste américaine,
mais parce que c’est son intérêt.
Proposer un changement qualitatif
Il faut dès maintenant trouver des réponses nouvelles à la crise de
l’endettement, a relevé la conférencière, des réponses qui rendent aux
pauvres ce qui leur est dû et corrigent le déséquilibre moral provoqué par
la dette. Il est urgent de proposer un changement qualitatif. Susan George
a exposé sa propre option : le "remboursement créatif" ou la "solution des
3 D" (dette, développement, démocratie). Une solution qui consisterait à
créer des fonds de désendettement - gérés démocratiquement et contrôlés
par un organisme indépendant - destinés à financer des projets de développement.
C’est l’idée que défent la pétition lancée en automne par les oeuvres
suisses d’entraide et à laquelle Susan George souscrit pleinement, car "la
société a le droit de demander compte à tout agent public de son
administration" (Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen). Mais "la
dette est un problème politique" et une telle solution ne pourra être appliquée que si les citoyens des pays du Nord font pression sur leurs gouvernements pour qu’ elle devienne "un instrument de véritable développement
démocratique et de libération de l’humanité, et non pas d’oppression et de
désespoir comme c’est le cas de nos jours". (apic/cor)