l’épiscopat français à l’Université
"Pour une Eglise aux yeux ouverts"
Fribourg, 7mars(APIC) "Comment peut-on évangéliser si l’on n’a pas la
passion de Jésus et des hommes", a lancé mercredi soir à Fribourg Mgr Jacques Gaillot, évêque d’Evreux, invité par l’aumônerie de l’Université. Celui que les médias appellent l’"enfant terrible" de l’épiscopat français a
fait salle comble, et nombreuses étaient les personnes venues de loin pour
entendre le petit évêque qui aime bien faire entendre sa différence et
"passer sur l’autre rive", c’est-à-dire aller à la rencontre des non-chrétiens dans les lieux les plus inattendus. Car pour Mgr Gaillot, "il n’y a
pas de terre interdite pour l’Evangile".
Au cours de sa conférence, intitulée "L’Eglise aux yeux ouverts" - il
faudrait plutôt parler d’un témoignage sur ses engagements pastoraux - Mgr
Gaillot a voulu montrer comment il "rêve un peu l’Eglise", une Eglise qu’il
veut "peuple de Dieu, humble, pas arrogante, qui n’a pas la vérité sur
tout, qui n’est ni à côté ni au-dessus, mais avec les gens". Evangéliser,
a-t-il souligné, "c’est se savoir aimé de Dieu et vouloir le dire aux autres".
Pour l’évêque d’Evreux, Jésus vient d’abord annoncer la Bonne Nouvelle
aux pauvres - "et je sais bien que le mot pauvre agace" -, des pauvres qui
existent bel et bien et dont il décrit les visages, les souffrances et la
solitude affective. Une des formes de pauvreté d’aujourd’hui, estime Mgr
Gaillot, c’est pour les gens de n’avoir personne qui les écoute, pas de
lieu où parler. Pour faire face à cette solitude si répandue, Mgr Gaillot a
développé des initiatives dans son diocèse, dont l’une s’intitule joliment
"La pause-café".
Lui-même n’hésite pas à se rendre personnellement dans les prisons ou à
l’hôpital auprès des malades du sida qui attendent la fin. "Où est la place
d’un évêque, sinon auprès des plus pauvres, de ceux qui sont exclus de la
communauté des hommes... Jésus se porte d’emblée là où la vie de l’homme
est la plus menacée!" Quand l’Eglise fait le choix des pauvres, affirme-til en évoquant la mémoire de Mgr Oscar Romero, l’archevêque de San Salvador
abattu par les Escadrons de la Mort, elle n’exclut personne, elle s’ouvre
au contraire à tout le monde.
Ce choix pour les pauvres n’est pas sans risque, car l’Evangile, comme
l’engagement politique, divise : "Si on annonce l’Evangile et que tout se
passe bien, c’est que quelque chose ne marche pas, car cette annonce suppose de faire des choix, et cela peut provoquer déchirements et conflits".
Les conflits ne l’effrayent pas, "car la vie d’un évêque n’est pas un long
fleuve tranquille". "Ce que je souhaite, a-t-il conclu sous les applaudissements, c’est que l’Eglise rencontre son temps, qu’elle ne reste pas en
dehors du monde actuel, mais qu’elle soit à la hauteur et prenne le risque
de l’Evangile". (apic/be)