Invités à bâtir concrètement la paix
Fribourg, 7juin(APIC) Si les religions sont trop souvent perçues aujourd’hui comme facteurs de division, elle doivent néanmoins dépasser tout
esprit sectaire pour parvenir à une vérité universelle, a affirmé John Taylor, secrétaire général de la Conférence mondiale des religions sur la paix
(WCRP) à Genève. Il s’exprimait dans le cadre de la Journée interdisciplinaire qui clôturait vendredi la semaine d’études sur "Guerre - conflits paix" organisée par un groupe d’étudiants et de professeurs de l’Université
de Fribourg désireux de favoriser une prise de conscience de la responsabilité de chacun face à la montée de la violence dans le monde moderne. Conférences et groupes de travail ont alimenté la réflexion tout au long de la
journée.
"Le règlement pacifique des conflits selon le droit politique international", les femmes et la paix, la contribution de la Suisse à la paix dans
le monde, les médias et la paix, la paix en Afrique, en Amérique latine à
la veille de la célébration du 500e anniversaire de la "découverte du continent", autant de thèmes abordés durant cette Journée interdisciplinaire.
Il s’agissait, après la guerre du Golfe, de susciter la réflexion sur le
rôle et la responsabilité de chacun dans le processus de paix. Une réflexion nourrie entre autres par l’exposé du professeur Eleonore Romberg, présidente du WILPF ("Ligue internationale féminine de la paix et de la liberté"), qui a évoqué l’engagement des femmes dans le processus de paix au
Moyen-Orient. Les participants étaient également invités à passer de la réflexion à la créativité en s’exprimant dans le hall d’honneur par la peinture.
Dépasser l’esprit sectaire
John Taylor, islamologue, ancien responsable du dialogue islamo-chrétien
au sein du Conseil oecuménique des Eglises (COE), a commencé par reconnaître que les religions sont souvent perçues comme justifiant la violence et
compliquant les conflits sur tous les continents. Si elles prêchent la
paix, la justice et le respect de l’autre, elles sont liées aux haines qui
agitent les peuples: c’est une réalité, a-t-il relevé, dont les adeptes des
religions doivent être conscients, car "il est honteux que les religions
soient cause de conflits".
Le secrétaire général de la WCRP a pourtant jeté un regard optimiste sur
le présent et l’avenir de la planète: il faut croire à la résolution des
conflits et pour cela comparer les idéaux et les réussites des religions
plutôt que ce qui les sépare; dépasser les préjugés, l’hypocrisie et
l’esprit sectaire pour porter un regard plus vaste sur l’humanité; s’attaquer ensemble aux causes des injustices pour établir une paix fondée sur le
respect et la justice.
Agir concrètement
Il faut agir concrètement, "témoigner d’une pratique exemplaire", a souligné John Taylor, car les adeptes des différentes religions ont le devoir,
sans abandonner leurs convictions, de prendre position en faveur de la
paix. La WCRP s’est pour cela fixé des priorités pour les années à venir:
la justice sociale, le dialogue, la protection de l’environnement, les enfants. Des priorités qu’elle veut mettre en oeuvre en développant la collaboration concrète sur le terrain, en créant des structures des responsabilité officielles sur ces questions et en travaillant plus étroitement avec
les ONG.
La WCRP est née il y a vingt ans, à l’époque de la guerre du Vietnam, à
l’initiative de bouddhistes japonais et de chrétiens américains. Elle veut
promouvoir la paix et encourager les adeptes des différentes religions à
chercher ensemble des solutions pacifiques aux conflits qui déchirent la
planète. Elle est déjà présente dans de nombreux pays. Pourquoi pas un
groupe en Suisse ?: l’idée a été lancée au cours de sa conférence par John
Taylor. A la fin du mois, la WCRP tiendra à Assise (Italie) une conférence
sur le dialogue au Moyen-Orient, qui réunira des chrétiens, des juifs et
des musulmans; en 1992, elle se penchera sur la paix en Afrique, l’année
suivante sur l’Amérique latine. (apic/cor)