"Et si c’était vous?"
Fribourg, 17juin(APIC) "Et si c’était vous?" Tel est le slogan lancé cette année pour la Journée des réfugiés. Au moment où la classe politique se
félicite de la baisse des demandes d’asile, il est nécessaire de réfléchir
plus fondamentalement à la politique d’asile de la Suisse. L’Organisation
suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) a organisé sur ce thème, mardi soir à
l’Université de Fribourg en présence d’une centaine de personnes, un débat
qu’on aurait souhaité un peu plus contradictoire.
Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Jean-Pierre
Hocké, ancien Haut Commissaire aux réfugiés, Ruth Luthi, Conseillère d’Etat
et François Gross, rédacteur en chef de Radio Suisse Internationale ont apporté leur contribution à la discussion.
"Petit à petit, nous sommes en train de nous damner." Cette forte parole
n’est pas sortie de la bouche de l’évêque mais de celle de Jean-Pierre Hocké. Pour lui, la Suisse a fait fausse route dans sa politique d’asile. D’un
côté la Confédération dépense chaque année entre 800 millions et 1 milliard
de francs pour mener une politique exclusivement négative qui cherche à empêcher les gens de venir en Suisse. De l’autre l’économie, malgré le chômage, réclame sans cesse des bras; elle est prête à faire venir clandestinement des étrangers et cherche à les garder en Suisse. La première nécessité
est donc de distinguer clairement entre la politique d’asile et la politique d’immigration.
Il est réjouissant cependant de voir les nombreux efforts de solidarité
déployés par les oeuvres d’entraide telles la Croix-Rouge ou Caritas pour
l’accueil des requérants d’asile et des réfugiés. Actuellement, les collaborateurs de ces organismes, face aux restructurations en cours et aux menaces de licenciement, se sentent trahis par la Confédération. Il serait
extrêmement grave de détruire les structures actuelles, il faut les réorienter vers les autres besoins de la population, qu’elle soit suisse ou
étrangère, estime J-P. Hocké.
Interpellée sur son terrain, la Conseillère d’Etat fribourgeoise Ruth
Luthi a rappelé que les décisions concernant l’asile sont de la compétence
presque exclusive de la Confédération. Elle a informé que le canton de Fribourg essaie de faire tout son possible, notamment pour l’octroi de permis
humanitaires et que le Conseil d’Etat est d’accord d’envisager d’augmenter
sa participation actuelle à l’aide aux réfugiés et requérants d’asile qui
se monte à 600’000 francs (2,5% des coûts). Elle a expliqué aussi que si la
Croix-Rouge a demandé la révision de la convention qui la lie à l’Etat, elle n’envisage pas pour autant de ne plus s’occuper des réfugiés. L’Etat se
doit aussi de mieux se soucier des pauvres de chez nous, a-t-elle ajouté.
La chute du communisme et le triomphe de l’économie de marché amènent à
considérer la question des migrations uniquement sous un angle économique,
remarque François Gross. Les milieux économiques pensent que la Suisse peut
rester ouverte mais uniquement aux immigrants qu’elle aura choisis parce
qu’ils sont nécessaires à son économie. La politique d’asile est un des rares domaines où la Suisse est vraiment européenne. Elle l’a montré en participant aux accords de Schengen qui tendent à établir un cordon sanitaire
autour de l’Europe. Dans quelques années nous aurons peut-être honte de
constater comment certaines requêtes ont été traitées par les autorités, a
averti l’ancien rédacteur en chef de "La Liberté".
"Quand j’ai vu à la télévision les images de Yougoslavie et les files de
réfugiés, je ne peux plus regarder les matchs de football de la coupe d’Europe". Une façon pour Mgr Mamie de souligner que le problème est loin
d’être résolu et que derrière les statistiques se cachent des hommes, "qui
ne sont pas tous forcément des saints". Mais l’accueil des pauvres fait
partie de mon serment d’évêque et du devoir de chaque chrétien, a-t-il
ajouté. Et de relever que le Sud a beaucoup de richesses culturelles artistiques et religieuses a nous apporter.
Le public composé malheureusement exclusivement de gens convaincus
d’avance, a réagi par de nombreuses questions aux arguments des intervenants. Par exemple pour s’étonner qu’il y ait en fait si peu de réfugiés en
Suisse quand on voit la misère du tiers-monde. Ou encore pour réclamer le
droit pour les ressortissants du Sud de venir en Suisse pour voir ce qu’on
fait avec l’argent du tiers monde. Une façon pertinente de dire que sans un
développement plus solidaire, la question de l’immigration ne pourra jamais
être résolue. Moment d’indignation et de colère aussi à l’écoute du témoignage de deux familles kurdes sur le point d’être expulsées après quatre ou
cinq ans de séjour et une intégration parfaitement réussie dans le canton.
En conclusion les intervenants ont appelé les participants à faire usage de
leur droits de citoyens pour faire pression sur les autorités afin de garantir en Suisse une politique d’asile digne de ce nom. (apic/mp)