Fribourg : interview de Mgr Lutfi Laham (171188)
Fribourg, 17novembre(APIC/Sr Pierre-Elise) Mgr Lutfi Laham, vicaire
patriarcal grec catholique melkite de Jérusalem, a confié à l’agence APIC
son point de vue sur la situation actuelle dans les territoires occupés par
Israël et sur l’avenir du peuple palestinien après la déclaration du Conseil national palestinien (CNP) à Alger le 15 novembre.
APIC : Lors de votre conférence à l’Université de Fribourg, vous avez
laissé entendre que la proclamation d’un Etat palestinien pourrait être une
occasion pour le monde de prendre au sérieux les Palestiniens. Avez-vous le
sentiment que le monde ne les prend pas ou pas assez au sérieux ?
Mgr Laham : On donnait aux Palestiniens l’épithète généralisante de "terroristes", c’est pourquoi le monde ne les a pas pris au sérieux. Ce peuple
est très sympathique, très paisible, très pacifiste dans nos régions et n’a
pas du tout à faire avec le terrorisme. S’il y a quelque action terroriste,
nous sommes franchement et carrément contre. Bien qu’il faut comprendre que
des gens qui ont vécu et grandi dans les camps de réfugiés étaient soumis à
beaucoup d’influences très négatives dans une atmosphère qui les a poussé à
la violence. Il faut donc demander au monde de changer son point de vue et
de mieux comprendre le peuple palestinien afin de voir ce peuple sous une
nouvelle image après la déclaration. Et l’aider à ce qu’il se prenne lui
même au sérieux, pour être digne de la confiance du monde entier. Et ainsi
le processus de paix pourra faire son chemin.
Qu’est-ce qui va changer dans les territoires occupés depuis la proclamation de l’Etat palestinien indépendant et quel sera le statut de Jérusalem?
On attend, on espère que quelque chose changera, cela dépend aussi de la
position d’Israël et des Etats du monde entier, surtout de l’Europe, de
l’Amérique et de l’URSS bien sûr. Si les conditions sont assez bonnes, on
espère que le soulèvement pourra s’arrêter et que le processus de paix
pourra commencer: la conférence internationale et d’autres pas vers la
paix. Je souhaite que pour la fête de Noël une telle situation se réalise.
Ce la serait une chose extraordinaire que la paix débute en cette fête du
Prince de la Paix.
Pour ce qui est du statut de Jérusalem, chacun prétend que c’est sa capitale, je crois que c’est aussi bien la capitale d’Israël que la capitale
de la Palestine arabe. Cela pourrait être une ville aux frontières symboliques ou deux peuples vivraient dans la paix, dans la concorde et dans
l’amitié. Ce serait une solution intéressante, surtout avec des garanties
internationales sur la liberté religieuse.
Et vous croyez que c’est réaliste, une ville de Jérusalem ou il y aurait
deux Etats.
Tout peut devenir réalité si les gens se mettent ensemble pour dialoguer.
Si Jérusalem est sainte pour les juifs elle n’est pas moins sainte pour les
Palestiens soit arabes chrétiens, soit arabes musulmans. Donc prétendre que
Jérusalem est seulement sainte pour les juifs, c’est pas vrai. Nous ne pouvons prier qu’avec Jérusalem, toutes les Ecritures nous tournent vers Jérusalem. Ces deux Etats doivent faire que cette ville soit accessible et
sainte et encore un lieu de liberté religieuse pour les trois religions.
Que représente pour l’avenir de la jeunesse la fermeture des Ecoles dans
les territoires occupés?
La fermeture des Ecoles par les autorités israéliennes est le plus grave
problème depuis une année d’intifida. En effet, il y a près 17 à 18.000
étudiants universitaires qui ne peuvent plus fréquenter les Universités depuis un an tandis que pour les autres étapes de l’enseignement, les Ecoles
ont été fermées déjà pendant l’année scolaire passée et restent fermées.
Cela fait que 300.000 à 500.000 enfants qui sont dans les écoles et ceci
est vraiement un grave danger pour la société palestinienne, car cela
représente un fossé de non-enseignement, cela rend les enfants stupides et
paresseux. Ils deviennent agressifs contre leurs parents, contre la société. Cela provoque le désoeuvrement. Nos écoles représentent aussi un
poids financier pour les Eglises, car nous continuons de payer les professeurs pour soutenir leurs familles, mais l’argent ne rentre plus faute
d’enseignement.
Pensez-vous que les processions chrétiennes qui ont lieu habituellement en
Terre Sainte durant les fêtes se tiendront malgré cette situation de
troubles?
L’année passée, la procession traditionnelle a eu lieu, mais sans l’appareil et l’apparat solennels. D’autre part, la procession du dimanche des
Rameaux a été supprimée pour cause de sécurité. Pour l’avenir, si la situation continue, il est normal qu’il n’y ait pas de solennités extérieures,
mais il faudra attendre le développement des événements ces prochaines semaines pour prendre une décision. (apic/pe/bd)
Pour aider l’Eglise melkite et les Palestiniens chrétiens de Terre Sainte,
on peut verser des dons au : Catholica Unio Lucerne, CCP 60-16633, avec la
remarque : Patriarcat grec catholique de Jérusalem