l’instruction pastorale "Communion et Progrès"
Journée d’études sur les moyens de communication sociale
Fribourg, 29avril(APIC) Il y a vingt ans, le pape Paul VI publiait son
instruction pastorale sur les moyens de communication sociale "Communio et
Progressio", qui développait une théologie de la communication et faisait
droit à l’existence d’une opinion publique dans l’Eglise. Ce n’est pas pour
"fêter" ce document, mais plutôt pour approfondir ses enseignements à la
lumière des nouveaux défis qui se posent aujourd’hui aux communicateurs
chrétiens qu’une cinquantaine de personnes, notamment des journalistes et
éditeurs catholiques, se sont réunis lundi à Fribourg.
Cette rencontre, qui se déroulait dans les bâtiments de l’ancien hôpital
des Bourgeois, a également été l’occasion d’évoquer les problèmes de la
formation continue pour les collaborateurs de la presse de sensibilité
chrétienne et le recrutement des jeunes journalistes. Plusieurs exposés,
des groupes de travail et une table ronde ont permis de mieux voir comment
les médias se situent dans un champ de tensions entre droit et éthique, entre liberté d’opinion et lois du marché.
Des instruments sans âme
"Les instruments utilisés dans les communications sociales sont sans
âme, sans intelligence et sans coeur; ce sont des yeux artificiels qui ne
prennent vie qu’à la seconde où le cameraman et le téléspectateur s’en servent", a déclaré dans un message écrit Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et responsable du dicastère des communications sociales de la CES, qui était absent de la manifestation, se trouvant lundi
et mardi en visite au Vatican avec l’ensemble de l’épiscopat suisse.
"L’utilisateur, a-t-il poursuivi, peut être technicien, artiste et croyant... Nous devons remercier tous ceux et toutes celles qui par leur formation, leur métier, leurs compétences et leurs dons se mettent au service de
l’homme, image de Dieu, pour qu’il grandisse du côté du ciel".
Prochaine publication d’un "supplementum" à "Communio et Progrès"
Faisant le point sur la rédaction d’un "supplementum" à l’instruction
"Communio et Progressio" qui devrait être publié cette année encore, le Père dominicain Ambros Eichenberger, directeur de la section "film et vidéo"
du "Katholischer Mediendienst" à Zurich, a tenu à rassurer ses interlocuteurs : les principes de base de l’instruction, comme la légitimité d’une
opinion publique dans l’Eglise, la liberté d’opinion et le droit à l’information seront maintenus, "et il n’y aura pas de retour en arrière comme
certains le craignaient".
Et de faire remarquer cependant que "Communio et Progrès", cet "enfant
du Concile Vatican II", est loin d’avoir été pleinement réalisée à l’intérieur même de l’Eglise, en citant par exemple l’interdiction de parler infligée il y a quelques années au théologien de la libération Leonardo Boff.
Ce qui est nouveau dans ce complément à l’instruction, c’est le plaidoyer
pour le développement de stratégies de communication afin que les activités
des médias d’Eglise puissent avoir une meilleure assise nationale et
internationale.
Des principes éthérés ?
Le journaliste protestant Bernard Béguin, président de l’autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision a mis en
exergue la méfiance envers la connaissance que l’on rencontre dans la tradition judéo-chrétienne, "une méfiance qui commence avec la pomme". S’il ne
conteste pas les principes énoncés dans le décret pontifical "Inter Mirifica" et dans l’instruction pastorale "Communio et Progressio", il relève que
"dans la réalité quotidienne du travail des médias, les majestueuses certitudes de ces textes nous sont le plus souvent refusées".
"Comme j’aurais aimé savoir, pendant la guerre du Golfe, ce qu’est ’une
image fidèle, conforme à la réalité profonde’!", a-t-il lancé. Bernard Béguin a cependant tenu à souligner, non sans ironie, que les principes de
"Communion et Progrès" "ressemblent parfois mot pour mot aux règles fondamentales de la Concession de la SSR, pourtant écrite par un laïc !" Klaus
Röllin, rédacteur en chef du quotidien catholique lucernois "Vaterland", a
conclu en montrant combien il est complexe de mener un journal selon les
lois du marché tout en maintenant la liberté d’opinion et d’information.
(apic/be)
(Cette Journée d’étude se déroulait sous les auspices de la Commission des
médias de la Conférence des évêques suisses (CES), de l’Institut de journalisme et de communication sociale de l’Université de Fribourg, de l’Association des journalistes catholiques suisses et de l’Association catholique
des médias de Suisse)