Conférence du Père Livio dans le cadre de la "Quinzaine ignatienne"
Fribourg, 26février(APIC) "Ignace n’est ni un soldat ni un fondateur", a
lancé le Père jésuite Jean-Bernard Livio lundi à Fribourg en évoquant la
figure de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, lors
d’une conférence intitulée "Ignace, un souffle fondateur actuel". Prononcé
devant une centaine de personnes à l’Université dans le cadre de la "Quinzaine ignatienne" qui se déroule actuellement à Fribourg, son exposé a tenté de renverser les images toutes faites sur saint Ignace et de montrer
toute la force et l’actualité de sa spiritualité.
Le Père Livio a commencé par dresser un tableau de l’époque de saint
Ignace: le fondateur de la Compagnie de Jésus est né en 1491, alors que les
grandes découvertes, la révolution copernicienne et l’humanisme bouleversent les conceptions du monde et de l’homme. Il a évoqué les événements
marquants de la vie du gentilhomme basque comme autant de jalons dans son
cheminement spirituel: la blessure à la bataille de Pampelune en 1520, qui
lui fait abandonner sa vie de château pour se mettre au service de Dieu; sa
prière à l’abbaye bénédictine de Montserrat et à Manrèse, qui marque le début de sa conversion; son voyage en Terre sainte, qui fortifie sa foi; la
réunion à Paris en 1534 de quelques étudiants, noyau de la Compagnie de Jésus, avec lesquels il commence à partager son expérience spirituelle.
La vie d’Ignace de Loyola est aussi semée d’embûches: il aura à maintes
reprises maille à partir avec l’Inquisition - il sera emprisonné plus d’une
fois - et la hiérarchie catholique, uniquement préoccupé de témoigner de
ses découvertes spirituelles. Il reste peu d’écrits de lui: le "Récit du
pèlerin", petit livre autobiographique, et surtout les "Exercices spirituels", fruit de ses expériences, corrigé au fur et à mesure de son cheminement, et qui reste la base de la spiritualité de la Compagnie.
Une spiritualité pétrie d’expérience
Peu à peu, Ignace accumule des expériences qui lui permettent de mettre
au point une spiritualité originale basée sur le discernement pour la plus
grande gloire de Dieu, la participation de tout le corps (raison, imagination) à la prière, le goût de Dieu, de la vie et des relations humaines,
l’attention aux circonstances et la vérification humaine des intuitions.
Une spiritualité qui privilégie l’examen personnel sur l’oraison et pouse à
chercher Dieu partout et en toute chose.
La spiritualité ignatienne est plus que jamais d’actualité, a affirmé le
Père Livio. Elle nourrit encore les engagements des jésuites aujourd’hui,
convaincus qu’il faut se plonger dans toute situation pour trouver Dieu.
L’essentiel, pour eux, c’est de suivre le Christ jusqu’au bout, au-delà des
institutions - mêmes ecclésiales, d’où leurs nombreux démêlés avec la
hiérarchie - si cette fidélité l’exige. Saint Ignace, s’il voulait mettre
la Compagnie au service du pape, ne voulait pas que ses membres deviennent
ses "janissaires", a conclu le Père Livio.(apic/cor)