Fribourg: en union avec les jésuites massacrés au Salvador (181190)
Fribourg, 18novembre(APIC) Des chrétiens de Fribourg, réunis vendredi
dans la chapelle St-Hyacinthe, au couvent des Dominicains, ont honoré au
cours d’une veillée passée en présence du Bolivien Edgar Jimenez, co-fondateur du CINAS (Centre de recherche et d’action sociale du Salvador), et du
Père jésuite Nikolaus Klein, de Zurich, co-directeur de la revue jésuite de
langue allemande "Orientierung", la mémoire des six jésuites et de deux
femmes assassinés le 16 novembre 1989 par les forces armées salvadoriennes.
La qualité du choix des lectures liturgiques, les chants en espagnol accompagnés à la guitare et les nombreuses intentions de prière personnelles
ont évoqué avec tact et émotion la mort violente de ces témoins. Les paroles du Bolivien Edgar Jiménez et de Matthias Klein, de la communauté jésuite de Zürich - tous deux ont vécu un temps au Salvador- ont rappelé le rôle
joué par l’UCA et les jésuites au Salvador.
Un texte, en guise d’épître, a pris un relief tout spécial. Il s’agissait d’un écrit du recteur de l’UCA, le Père Ignacio Ellacuria, assassiné
avec ses frères. Dans son texte, le jésuite affirme: "L’option préférentielle pour les pauvres qui mène à accompagner le peuple dans ses luttes
pour la libération et à introduire l’esprit chrétien, ne peut avoir dans le
monde actuel, qu’une seule réponse: la persécution et la mort. Les Eglises
d’Amérique latine, parce qu’elles se sont placées à côté des classes populaires, sont en train de subir de terribles sacrifices".
Il ajoute: "Personne ne pourra trouver dans les écrits de Mgr Romero
quelque chose qui ne soit authentiquement chrétien. Et pourtant il a été
assassiné et heureusement devant l’autel, pour bien manifester ce qu’il
était et pourquoi on le persécutait. Certains prétendent qu’on le persécutait parce qu’il s’entremettait dans la politique. Mais j’ai toujours dit
que nous n’avons pas besoin d’entrer en politique, parce que nous sommes
simplement dedans. - Ce qu’il faut se demander c’est comment on peut en
sortir".
Il en appelle à la responsabilité des chrétiens: "Comment pourrions-nous
sortir de l’option préférentielle pour les pauvres, de l’engagement avec
notre peuple, de la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes assassinées en deux ans, de la misère, de la faim. de la violence? Comment
toi, chrétien, pourrais-tu rester à côté?".
Chaque participant comprenait soudain que ceux que l’on évoquait
"n’étaient pas restés à côté". Voilà pourquoi des laïcs et des prêtres
priaient et chantaient ce vendredi soir dans une chapelle de Fribourg, unis
à d’autres chrétiens qui dans le monde entier faisaient ce même geste de la
mémoire pour des hommes et des femmes d’un petit pays d’Amérique centrale.
(apic/ba)