Fribourg: dernière séance du Conseil fribourgeois de pastorale (210491)
Fribourg, 21avril(APIC) Pour la dernière séance de sa "législature", samedi 20 avril à Fribourg, le Conseil fribourgeois de pastorale (CPa) avait
à faire le bilan de cinq années de fonctionnement, mais surtout à se préoccuper des échéances qui attendent à court terme l’Eglise catholique de ce
canton dans le contexte de la mise place de la nouvelle loi réglementant
les rapports Eglise-Etat. L’assemblée a vu la présence de Mgr Pierre Mamie,
évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, et de l’abbé Jacques
Banderet, vicaire épiscopal. C’est Nicolas Michel, professeur de droit à
l’Université de Fribourg, qui a présenté et commenté la loi récemment approuvée par le Grand Conseil fribourgeois.
"Nous avons devant nous un énorme travail d’information et de sensibilisation", a signalé l’abbé Banderet dans son introduction. Mgr François
Charrière souhaitait déjà, dans ce canton où les paroisses ont des compétences très larges, un statut pour les catholiques fribourgeois. Il y eut
ensuite le Synode 72 qui proposa pour Fribourg une fédération des paroisses
pour favoriser une juste péréquation et une prise en charge plus large des
tâches supraparoissiales. En 1982 est adopté un article constitutionnel reconnaissant, en plus de la liberté de conscience et de culte, un statut de
droit public aux Eglises catholique et réformée. Une première loi d’application, assez directive quant à l’organisation de l’Eglise catholique, est
refusée en septembre 1986 suite à un référendum (51% de "non"). Une nouvelle loi est acceptée par le Grand Conseil le 26 septembre 1990; il reste à
en assurer l’application.
Cette application, pour Nicolas Michel, doit concrétiser davantage
l’Eglise, Corps du Christ, peuple de Dieu confié par Jésus à Pierre et à
ses successeurs: "Nous avons à nous donner les moyens pour que le Christ
ressuscité soit mieux connu et aimé et pour que chacun sache reconnaître
dans l’autre, surtout le plus miséreux, le visage du Christ". Mais les
méandres des textes légaux sont incontournables où existent des liens
étroits entre l’Eglise et l’Etat, a relevé le conférencier en précisant:
"Chaque canton a un régime particulier qui régit les relations entre les
Eglises et l’Etat".
A Fribourg, le régime retenu affirme une volonté de collaboration qui
tienne compte des spécificités des uns et des autres, et d’une histoire
marquée par l’importance - en politique et pour l’Eglise - des petites
communautés locales (communes et paroisses). La nouvelle loi reconnaît donc
surtout la paroisse dans l’organisation propre de l’Eglise catholique; elle
est appelée "corporation ecclésiastique" et conserve l’essentiel de ses
prérogatives actuelles; liberté lui est laissée ("au besoin", dit la loi)
de s’organiser aux niveaux cantonal et régional. C’est l’enjeu du futur
"statut" que l’Eglise fribourgeoise doit se donner dans un délai de cinq
ans. Les paroisses seront autorisées, comme actuellement, à prélever des
impôts pour subvenir à leurs besoins. Elles seront tenues par la suite à
une péréquation verticale (financer les tâches supraparoissiales) et à un
partage horizontal (aider les paroisses les plus pauvres). Le futur statut
sera rédigé par une assemblée constituante avant d’être soumis - référendum
oblige - à l’approbation des catholiques du canton.
Préparation d’une assemblée constituante
Que reste-t-il à faire ? Préparer le nouveau statut des catholiques fribourgeois, ce qui n’est pas une mince affaire. Les membres du CPa ont été
informés que, dès la fin du délai référendaire auquel était soumise la nouvelle loi, une lettre d’information avait été envoyée à tous les responsables de paroisses et de la pastorale. Un groupe de travail a été constitué sous la responsabilité des vicaires épiscopaux francophones et alémaniques. Présidé par Nicolas Michel, il comprend pour l’instant seize membres.
Il cherche à faciliter le travail de la future assemblée constituante.
Le Conseil d’Etat doit publier très prochainement les arrêtés fixant les
modalités d’élection des membres de cette assemblée (69 membres élus par
district selon un système majoritaire). Le groupe de travail va aussi proposer quelques pistes pour l’élaboration du règlement de cette assemblée et
éventuellement des projets de textes pour le statut. Il s’est donné plusieurs moyens d’action: assurer un contact avec les paroisses et les mouvements; associer tous les décanats pour qu’ils participent à l’élaboration
des listes de candidats. Nicolas Michel a signalé l’importance d’une structure professionnelle pour garantir cette information par les médias. Enfin,
a-t-il précisé, les élections ne pourront pas avoir lieu avant le printemps
1992.
Les membres du CPa ont pris conscience de l’importance de la future assemblée constituante et une grande partie des questions ont porté sur sa
représentativité: comment les mouvements, les organismes pastoraux, les
missions linguistiques, composées essentiellement d’étrangers, pourront-ils
y être représentés ? "C’est un défi lancé aux mouvements, a commenté Mgr
Mamie. Les élections se feront dans les paroisses: soyez-y actifs, même si
c’est un engagement de plus qui vous est demandé, afin de porter dans cette
assemblée toute la vie de l’Eglise".
Cette assemblée n’aura pas la tâche facile, a relevé Nicolas Michel: il
faudra discuter de partage financier et d’équilibre linguistique (deux problèmes épineux qui avaient fait couler la loi précédente) en ayant à
l’esprit l’Eglise de demain, symbiose entre l’autonomie de la paroisse et
une action pastorale concertée. L’évêque du diocèse a enfin formulé le voeu
que les décisions se prennent non à une étroite majorité, mais - comme au
Concile Vatican II - quasiment à l’unanimité, car l’Eglise est d’abord
communion. (apic/ys/cor)