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    de la Congrégation bénédictine de Subiaco

    Fribourg: conférence de Dom Denis Huerre, président (260491)

    "Il n’y a pas de contemplation qui ne soit incarnée"

    Fribourg, 26avril(APIC) La contemplation est "un acte éminemment social

    et humain, nullement réservé à des spécialistes" et le contemplatif est

    "l’homme le plus capable de sociabilité", a affirmé Dom Denis Huerre, bénédictin, Père Abbé de la Pierre-qui-Vire de 1952 à 1978 et président de la

    Congrégation bénédictine de Subiaco jeudi à l’Université de Fribourg. Invité à s’exprimer dans le cadre du Colloque international sur l’encyclique

    "Rerum Novarum" sur le thème "Contemplation et justice sociale", le religieux a tenté de montrer comment ces deux notions se rejoignent et s’appellent l’une l’autre.

    C’est un regard à la fois réaliste et mystique inspiré de saint Benoît

    que Dom Denis Huerre a proposé aux nombreux auditeurs présents. Un regard

    qui fait de la contemplation et de la justice sociale deux notions étroitement unies. La contemplation, "acte humain fondamental", aspiration à

    l’unité, la vérité et la beauté, à l’harmonie de l’être humain, s’exprime

    dans la justice sociale, qui implique la "justesse des relations entre les

    membres d’une société fondée sur la liberté de chacun". Pour le président

    de la Congrégation bénédictine de Subiaco, il n’y a pas de contemplation

    vraie qui ne débouche sur une communion, et pas de communion réelle sans

    liberté.

    C’est tout un cheminement, celui que propose saint Benoît au moine, a

    relevé Dom Denis Huerre. Chemin de conversion et de liberté qui invite à

    passer du "faux moi" au "vrai moi", du "moi" centre du monde au "je" sujet

    capable de participer à un "nous", de vivre en communauté. Il exige un double effort de solitude et de communion, les deux pôles de la vie du moine,

    qui "se définissent mutuellement l’un par l’autre". Et le conférencier de

    citer à ce propos la phrase significative d’un chartreux: "Le test de ma

    vie contemplative, c’est mon voisin". Ainsi, pour Dom Denis Huerre, le contemplatif est l’homme sociable par excellence: "Tout l’effort du moine, du

    contemplatif chrétien doit être de rejoindre la vie trinitaire au fond de

    son être, au fond de son coeur. Et comme la vie trinitaire est une expansion permanente de l’Amour, il n’y a rien de plus contagieux, donc de plus

    capable de sociabilité, qu’un homme qui vit au fond de son coeur".

    Comment vivre de cette vie trinitaire ? Le conférencier, reprenant les

    conseils d’un chartreux, a indiqué trois pistes: l’écologie comme hommage à

    la Création et à Dieu créateur; la tolérance, "demandée par la vie commune", "respect de tout ce que je ne suis pas"; la communion à l’échelle du

    monde, car aujourd’hui on ne peut plus se limiter à soi.

    Vie religieuse et justice sociale: une histoire mouvementée

    Dom Denis Huerre a évoqué les relations entre vie contemplative et

    justice sociale au long des siècles, soulignant la difficulté qu’a toujours

    eue la hiérarchie catholique de situer les moines, car "on se méfie des

    mystiques". Pourtant, a constaté le conférencier, ceux-ci ont été dès les

    débuts les "promoteurs de la justice sociale" en libérant les serfs et en

    exigeant le respect des droits des sujets. Ecouté, puis interdit de parole

    à la Révolution, le moine continue d’intriguer, dans une "tension constante

    entre inspiration et structuration", témoin les luttes entre les évêques et

    les contemplatifs qui ont marqué la vie de l’Eglise au XIXe siècle.

    Mais pour Dom Denis Huerre, le moine est "totalement terrestre", la contemplation est "un acte social, un acte de l’Ecclesia, de la communion

    chrétienne". "Nous ne pouvons pas rêver d’une rencontre de Dieu immédiate,

    sans médiation, ou alors nous sortons du christianisme, de la condition humaine. Il n’y a pas de contemplation chrétienne qui ne soit elle aussi,

    comme tout le reste, incarnée", a-t-il souligné, rappelant le réalisme et

    la mesure qui caractérisaient saint Benoît. (apic/cor)

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