Deuxième journée consacrée à l’apport des cinq continents
Fribourg, 2avril(APIC) Entre la doctrine du libre marché et celle de
l’économie planifiée existe-t-il une troisième voie qui puisse intégrer la
dignité de l’homme dans sa globalité? Comment rendre plus équitable la répartition des richesses dans un monde de plus en plus "petit"? Autant de
questions abordées lors de la seconde journée du colloque "Ethique, économie et développement. L’enseignement des évêques des cinq continents" qui
se tient à Fribourg du 1er au 3 avril. Quelques éléments de réponses ont
été dégagés des apports des cinq continents.
Pour l’Europe, le professeur Stefano Zamagni, de Bologne, a insisté sur
l’infinie multiplicité des décisions économiques qui ne peuvent être gérées
convenablement ni dans un système de planification centralisée, ni selon
les seules lois du marché. La société a besoin d’autres règles pour tenir
compte de l’efficacité, de l’équité et de la liberté. Soumis à ses propres
lois, le marché a tôt fait de tourner au profit d’une oligarchie. L’enseigement de l’Eglise tend à rappeler que la propriété est grevée d’une "hypothèque sociale". L’intervention en politique sociale doit s’intéresser à la
question du droit au travail. Le développement ne saurait se faire au détriment des chômeurs de plus en plus nombreux.
L’apport de l’Amérique du Nord, présenté par le professeur Louis Sabourin de l’Université du Québec, réside essentiellement dans la fameuse lettre "Justice économique pour tous" publiée en 1986 par la Conférence épiscopale des Etats-Unis. Un document qui a depuis servi d’exemple à de nombreux autres dans tous les continents. "Les promesses du rêve américain la liberté pour chacun de développer pleinement les talents que Dieu lui a
donnés - sont encore loin d’être accomplies...", dénoncaient les évêques.
Au-delà des problèmes sociaux, la lettre va beaucoup plus loin en soulignant que "renforcer la vision morale commune est essentiel si économie veut
servir équitablement tous les hommes. Les évêques soulignent aussi, et
c’est une prise de conscience très importante, que la justesse des jugements "dépend non seulement de la force morale des principes, mais aussi de
l’exactitude de nos informations et de la validité de nos hypothèses", fait
remarquer Louis Sabourin. Abordant de front les questions de la pauvreté et
des minorités ethniques, les évêques constatent que l’évolution de la société américaine est encore une oeuvre inachevée et qu’aujourd’hui la seule
compétition ne suffit plus. Il faut compter avec l’interdépendance et la
globalisation des phénomènes. L’homme doit être au centre de toutes les réformes, martèlent les évêques. Cette lettre a trouvé des échos considérables et de nombreuses critiques des tenants du "reaganisme"...
C’est à un travail analogue que se sont attachés les évêques d’Australie
entre 1987 et 1992, a expliqué Michael Costigan, secrétaire exécutif de la
commission Justice et Paix. Sous le titre "Richesses communes pour le bien
commun" la lettre pastorale publiée le 16 septembre 1992 insiste surtout
sur une répartition équitable entre tous face à la montée du chômage et à
la marginalisation des aborigènes. Cette lettre a encore vu son impact renforcé, car elle a paru en cours de période électorale.
L’épiscopat latino-américain est peut-être celui qui a la plus grande
expérience dans les questions socio-économiques. L’Evangile exige que l’on
dénonce les éléments qui sont en contradiction avec la reconstuction d’une
société plus humaine, indique le professeur Sergio Bernal qui rappelle les
documents des diverses assemblées générales de l’épiscopat latino-américain.
Les évêques africains formulent pour leur part, au niveau du Symposium
des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM), ou à des
niveaux inférieurs, un nouveau projet socio-éthique. Charles Valy Tuho, ambassadeur de la Côte d’Ivoire auprès de la CEE, en souligne les principales
composantes. L’évangélisation et le développement sont étroitement liés. la
paix et la justice sont indispensables pour le développement intégral. La
démocratie et les droits de l’homme en forme les bases principales et enfin
la solidarité communautaire doit permettre d’éviter un "mal développement"
pouvant dégénérer en lutte des clans ou des classes.
Les chrétiens d’Asie sont appelés à insuffler l’amour et la justice du
Christ dans les sociétés, dans les cultures traditionnelles, dans le processus de modernisation ainsi que dans les structures et les mécanismes
économiques. Cela exige en particulier un "dialogue de vie" et une option
préférentielle pour les grandes masses de pauvres, même si dans de nombreux
pays les chrétiens ne sont qu’un infime minorité, explique le Père Robert
Hardawiryana, professeur de théologie en Indonésie. (apic/mp)