Trigon Film veut faire connaître le cinéma du tiers-monde
Fribourg, 12avril(APIC) Salle comble mardi soir au cinéma "Corso" à
Fribourg pour voir, en avant-première romande, le film "Zan Boko", en
présence du réalisateur burkinabé Gaston Kaboré. Primé plusieurs fois "Zan Boko" a notamment reçu au dernier Fespaco, le festival du cinéma africain à Ouagadougou, le prix du meilleur scénario, celui de la ville de Ouagadougou et de l’Organisation catholique internationale du cinéma - ce film
est distribué pour la première fois commercialement en dehors du Burkina
Faso. La Fondation Trigon Film, une association sans but lucratif de
soutien à la distribution de films du tiers-monde, démarrait ainsi ses
activités, en collaboration avec le Festival de films du tiers-monde de
Fribourg.
Le public fribourgeois connaissait déjà Gaston Kaboré, puisque c’est
lui, avec son film "Wend Kûuni", qui avait été le premier lauréat du prix
d’aide à la distribution décerné lors du Festival de Fribourg en 1986. Dans
la langue des Mossis, l’une des langues du Burkina Faso, a rappelé Gaston
Kaboré, "Zan Boko" veut dire "le trou du placenta". La coutume, chez beaucoup de peuples africains, veut en effet que l’on enterre le placenta lors
d’une naissance, ce qui illustre le premier lien physiologique entre le
nouveau-né et le terroir qui va le porter, geste qui le relie également à
la terre des ancêtres. "Zan Boko", souligne le réalisateur burkinabé,
signifie aussi "identité", "enracinement".
Et c’est bien d’identité dont parle ce très beau film qui évoque le choc
de deux mondes, la destruction du mode de vie villageois par l’extension de
la ville et la spéculation immobilière. Le village du paysan Tinga est
situé non loin de la ville qui absorbe les terres des alentours. Quand
arrivent géomètres et arpenteurs, le village, avec son mode de vie
traditionnel ne peut résister. Tinga refuse de vendre sa parcelle, sa
"concession", à une famille de "l’élite" qui parle français et roule en
Mercedes. Son riche voisin veut construire une piscine dans la cour de
Tinga, qui refuse de vendre une terre qui ne peut se monnayer. Grâce à des
appuis haut placés, le voisin fait chasser Tinga, en invoquant l’odeur du
bétail et de la cuisine en plein air. Yabré, courageux journaliste déjà mis
à pied une première fois, dénonce la spéculation immobilière et invite dans
son émission TV le paysan Tinga, cas exemplaire. L’émission sera
brutalement interrompue sur ordre de la présidence et Yabré licencié.
Un espoir : le refus de se renier
Pour Gaston Kaboré, s’il n’y a pas, dans son film, de révolte populaire,
de mouvement organisé contre la spoliation, c’est que la réalité se déroule
ainsi en Afrique. Le signe d’espoir de ce film, souligne-t-il, c’est "le
refus de se renier", de se déjuger, à l’instar du paysan Tinga et du journaliste Yabré. Gaston Kaboré est le secrétaire général de la Fédération
panafricaine des cinéastes et a aussi été directeur du département de production cinématographique du Burkina Faso et de l’école de cinéma de Ouagadougou.
Trigon Film estime que le cinéma de qualité produit par et pour les pays
du tiers-monde est un puissant moyen de communication, capable de transmettre au public suisse une vaste information sur tous les aspects de ces
civilisations. Mais pour des raisons essentiellement commerciales, seule
une infime proportion des films importés en Suisse proviennent des pays en
voie de développement. C’est pour promouvoir, sur une base viable et à long
terme, la distribution de longs métrages de ces pays qu’a été fondé Trigon
Film, avec l’appui de la Confédération, des cantons, d’entreprises,
d’oeuvres d’entraide, des réseaux cinématographiques des Eglises, d’organisations d’aide au tiers-monde et de personnes privées membres de l’Association de soutien. Le siège de la Fondation et de l’Association de soutien se
trouve à Rodersdorf, dans le canton de Soleure. (apic/be)