Frei Betto écrit à Jean Paul II (101191)
Sao Paulo, 10novembre(APIC) Frei Betto, dominicain brésilien connu pour
son engagement dans la théologie de la libération et auprès des communautés
écclésiales de base, écrit un petit mot à Jean Paul II sous forme directe
et familière. Il le fait dans le dernier bulletin de l’Agence oecuménique
brésilienne de nouvelles (AGEN) du 31 octobre. Une lettre ouverte au pape
qui fait une brève analyse de la visite de Jean Paul II au Brésil. Le théologien brésilien énumère les côtés positifs de cette visite tout en souhaitant que la prochaine fois, le successeur de Pierre puisse venir en toute
simplicité et sans les frais énormes qu’occasionne un tel voyage.
"Frère, commence Frei Betto en s’adressant à Jean Paul II, tu es venu
comme Jésus annoncer la bonne nouvelle aux pauvres: mettre en valeur l’urgence de la réforme agraire, dénoncer la faim de pain et de justice du peuple brésilien, renouveler l’option de l’Eglise pour les opprimés et surtout
proclamer que la dette extérieure d’un pays ne peut jamais être payée sur
le dos de la faim et de la misère de ce peuple"!
Certes frère, continue Frei Betto, ceux qui sont prêts à signer un nouvel accord avec le Fonds Monétaire international (FMI) n’ont pas aimé tes
paroles. Ici, dans ce pays, auparavant, on livrait à l’extérieur nos richesses naturelles: notre sucre, notre or, notre café et nos minéraux. Ensuite, nous livrons l’argent que nous avions, huit milliards de dollars
d’intérêts, chaque année, à nos créanciers internationaux! Maintenant ils
sucent notre patrimoine public, offrant à vil prix des entreprises comme
Usiminas. De cette manière, cet affront à la souveraineté brésilienne se
perçoit dans l’élite qui défile à New York, dans les jeunes qui se lamentent de n’être pas nés aux Etats-Unis et dans les hommes publics qui vendent leur âme pour une poignée de dollars.
Le dominicain brésilien cite d’autres interventions salutaires de Jean
Paul II durant son dernier voyage au Brésil: "A l’encontre de ce que certains espéraient, tu as apporté un nouvel encouragement à la mission prophétique de l’Eglise catholique au Brésil". Tu as dit clairement "qu’elle
ne peut jamais rester silencieuse, quelque soit l’interlocuteur, quand se
trouvent en jeu la liberté, la dignité de la personne humaine de tous les
hommes sous toutes les latitudes, de n’importe quelle race, condition sociale ou credo religieux!" Certains diront que dire cela, c’est "se mêler
de politique", alors qu’ils professent pourtant que le "Verbe s’est fait
chair", tout en faisant en sorte que la chair devienne maintenant un mot
insignifiant...
Ceux qui espéraient entendre de ta bouche une condamnation claire de la
théologie de la libération en sont restés pour leurs frais. Tu as dit seulement que l’on ne devait pas "céder à la tentation d’un type de théologie
de la libération qui ne peut se concilier avec l’authentique magistère de
l’Eglise".
Mais la prochaine fois, frère, conclut Frei Betto, "viens chez nous sans
ostentation et dépenses pharaoniques, laisse de côté ton titre de chef
d’Etat et arrive comme pasteur, par la porte du fond, la préférée des personnages bibliques. Echange les titres monarchiques par les sandales du Pêcheur d’hommes. Visite nos communautés écclésiales de base, les communautés
rurales et les familles des paysans assassinés dans des conflits de la terre. Rencontre les petits garçons et les petites filles qui se trouvent dans
les rues de nos villes. Tu verras combien notre Eglise continue vivante,
puisque ce sont les visages du Christ brésilien, dans lequel elle se regarde à la recherche d’un profil évangélique". (apic/agen/ba)