À 53 ans, Frank Leo est le plus jeune archevêque canadien, à la tête du plus grand diocèse du pays, celui de Toronto, abritant deux millions de catholiques. Il s’est vu propulsé au rang de cardinal par le pape François lors du consistoire du 7 décembre 2024.
La vision pastorale de Frank Leo a été marquée par six ans de service (2006-2012) au sein de la diplomatie vaticane. Le prélat a notamment travaillé à la nonciature apostolique d’Australie et à la Mission d’étude à Hong Kong.
Quelle est votre relation avec le pape François?
Cardinal Frank Leo: Je l’ai rencontré plusieurs fois alors que j’étais secrétaire général de la Conférence épiscopale canadienne. Nous avions chaque année des réunions au Vatican, il était toujours très au courant et très attentif à la vie de l’Église et aux défis au Canada. Nous avons beaucoup partagé dans ce contexte. Je l’admire beaucoup et j’ai grande confiance dans son leadership. Il est un don de Dieu pour l’Église, parce qu’il a le génie, la capacité de nous ramener à l’essentiel. Que ce soit dans la liturgie, dans nos rencontres, dans notre façon de parler, dans notre témoignage, il a la capacité de nous ramener au centre, qui est le Christ et sa parole.
Dans votre parcours très diversifié, vous avez été pasteur en paroisse, enseignant en philosophie et théologie, diplomate du Vatican… Comment est née votre vocation?
J’ai grandi dans une famille catholique et j’ai fréquenté l’école catholique. Ma foi a grandi à travers des témoins prêtres, l’implication dans la vie de la paroisse, et l’apprentissage de la prière comme moyen de découvrir plus profondément qui est Dieu. Des questions ont commencé à naître sur le sens que je voulais donner à ma vie et le projet de Dieu sur moi.
«La diplomatie vaticane m’a appris à avoir un esprit ouvert»
Au fil des ans j’ai répondu aux divers appels comme pasteur, enseignant, diplomate. Répondre à un appel c’est répondre à un besoin de l’Église à un certain moment.
Qu’avez-vous appris de la diplomatie vaticane?
J’ai appris d’abord la beauté de l’Église présente partout dans le monde, notamment dans son aspect missionnaire et éducatif. J’ai appris qu’elle a un mot à dire, un bien à proposer. J’ai aussi appris l’importance du dialogue avec des personnes de toutes croyances – ou non – et le respect que nous devons porter à tout être humain. Ensuite, la diplomatie vaticane m’a appris à avoir un esprit ouvert, à faire confiance, à voir le bien même s’il est caché, s’il est petit, s’il n’est pas si évident. Servir la diplomatie vaticane, c’est donner une chance à la bonté qui est là, en croyant que les personnes sont faites pour le bien, le vrai et le beau. Cela demande aussi la patience d’attendre que les choses évoluent tranquillement.
Qu’est-ce que cela représente d’être à la tête du plus grand diocèse du Canada? Quels sont les principaux défis et vos priorités pastorales?
Toronto est immense et complexe. Ce qui m’est d’abord demandé comme guide spirituel et pasteur, c’est d’être un exemple pour les personnes. Je vois mon rôle comme enseignant de la foi. L’évêque, c’est aussi celui qui crée des ponts entre les communautés, celui qui représente la communauté catholique auprès des autres, qui crée des liens avec d’autres chrétiens et d’autres religions.
Sur le plan pastoral, je souhaite un renouveau spirituel qui œuvre à une transformation de la société. Pour cela je consulte beaucoup le peuple de Dieu, afin qu’il donne son avis sur ce qu’il vit, sur les priorités, etc. Mon leadership est collaboratif.
«Au sein de la Conférence des évêques, les conversations se poursuivent avec les trois grands groupes nationaux d’autochtones»
La famille et les jeunes sont un de mes points d’attention. Il n’est pas facile d’être un jeune aujourd’hui. De nombreuses familles sont éclatées et cela n’aide pas un jeune à connaître son identité, ses origines, à vouloir s’engager à long terme. Tout est flou, tout est en en fluctuation, tout est en train de changer, où est-ce que je vais planter mes racines? C’est la question qu’ils se posent. Il y a beaucoup d’anxiété, de peur.
Mon rôle et celui des 350 prêtres en activité à Toronto est d’être ceux qui encouragent et qui amènent une perspective d’espérance dans la réalité. Je pense que tout le monde a besoin d’entendre tous les jours un mot d’encouragement.
Aujourd’hui l’Église au Canada est aussi mise à mal par les scandales d’abus – le diocèse de Québec subit une action collective, etc – et par un éloignement généralisé vis-à-vis de la religion, dans une société extrêmement sécularisée. Dans ce contexte, le message de l’Évangile est-il encore audible?
Nous vivons effectivement dans un monde sécularisé. Mais les degrés de cette sécularisation varient d’une province à l’autre. Sur le territoire de Toronto, la présence de l’Église est encore forte notamment par sa longue expérience dans le domaine de l’éducation, et dans les services sociaux et sanitaires. Nous avons encore des centaines de milliers de jeunes qui sont éduqués dans des institutions catholiques. Nous avons des hôpitaux catholiques et beaucoup d’organismes encore aujourd’hui qui prennent soin des plus démunis, des vulnérables. L’Église est respectée à cause de son engagement dans la société et du bien qu’elle fait encore.
Comme secrétaire de la Conférence épiscopale canadienne, vous avez vécu la tourmente des révélations sur les pensionnats autochtones, puis le voyage pénitentiel du pape en juillet 2022. Deux ans et demi plus tard, cet événement a-t-il laissé une marque? A-t-il permis des évolutions? Où en est l’Église sur cette question?
Cela a été un voyage extraordinaire à tous les niveaux. Le pape l’a défini comme un pèlerinage pénitentiel et son attitude nous a enseigné comment être humbles. Une des leçons qui ressort pour l’Église est celle de ne pas avoir peur de reconnaître ses fautes. Et ensuite d’être un agent de réconciliation.
Au sein de la Conférence des évêques, je sais que les conversations se poursuivent avec les trois grands groupes nationaux d’autochtones [les Premières Nations; les Inuits; les Métis, ndlr], avec le gouvernement, et avec le Saint-Siège.
Comment imaginez-vous l’Église du futur?
J’imagine une Église qui est à l’écoute. Cela semble évident mais il faut dire des évidences parfois. Une Église humble, mais courageuse. L’Église des jeunes, avec un cœur jeune, qui ne vieillit pas. Une Église qui n’a pas peur de s’engager dans la société où il y a des personnes d’autres expressions religieuses ou sans expression religieuse. Une Église qui fait confiance à Dieu et qui n’a pas peur de dire Dieu, de parler de Jésus Christ comme la solution, la réponse aux questions les plus fondamentales de l’être humain.
Qu’avez-vous pensé en apprenant votre nomination au cardinalat?
C’était un choc. Je l’ai apprise par les médias sociaux; il était environ 6 heures le dimanche matin, mon téléphone commençait à recevoir des messages de félicitation les uns après les autres. Je ne savais pas pourquoi. Tout à coup en mettant mon nom sur internet, j’ai vu qu’il était dans la liste des cardinaux. C’était une grande surprise, je ne m’y attendais pas. Je réfléchis beaucoup au sens de cet appel. À présent je vais continuer à servir dans une autre perspective, marquée par un appel à l’unité et à l’universalité de la foi. (cath.ch/imedia/ak/rz)
06/12/2024
Frank Leo, le plus jeune archevêque canadien parmi les futurs électeurs du pape
Mgr Frank Leo, 53 ans, archevêque de Toronto, est présenté par la presse canadienne comme le plus jeune archevêque du Canada à la tête du plus grand archidiocèse.