Tulle, 31juillet(APIC) Mgr Froment, évêque de Tulle, en Corrèze, a récemment signé un décret autorisant l’ouverture d’une enquête canonique concernant la cause de canonisation d’Edmond Michelet, mort à Marcillac (Brive)
le 9 octobre 1970 et connu dans toute la France pour ses activités d’homme
politique et son passé de déporté à Dachau.
Né à Paris le 8 octobre 1899, Edmond Michelet fut en France l’un des
grands animateurs de l’Action Catholique naissante. Président de la Jeunesse Catholique en Béarn de 1922 à 1925, il fonda en Corrèze les Equipes
Sociales en 1932 et fut l’un des propagandistes les plus zélés de la
Démocratie Chrétienne. Lors de la seconde guerre mondiale il entra dans la
Résistance et fut le responsable des mouvements clandestins Combat et
Liberté. Arrêté par les allemands en 1943, il fut déporté à Dachau. Nommé,
à son retour en France, membre de l’Assemblée consultative provisoire
(1944), il allait mener une carrière politique féconde : député de la
Corrèze (1946-1951), ministre des Armées (1945-1946), sénateur de la Seine
(1952-1959), vice-président du Conseil de la République (1957-1958),
vice-président du Mouvement International des Responsables Chrétiens,
président du Centre National des Républicains sociaux (1958), ministre des
Anciens Combattants et Victimes de guerre (cabinet de Gaulle, 1958-1959),
ministre de la Justice (cabinet Michel Debré, 1959-1961), membre du Conseil
constitutionnel (février 1962).
Dans la supplique qu’il a adressée à l’évêque de Tulle, que vient de
publier "Eglise de Corrèze", l’Abbé Yves Puyjalon, postulateur de la cause,
fait valoir que "la renommée de sainteté qu’il avait déjà pendant sa vie
n’a cessé de croître après sa mort jusqu’à nos jours". Mgr Brunon, le
prédécesseur de Mgr Froment, avait souhaité publiquement, dans une homélie
faite à Marcillac pour l’anniversaire de sa mort, que soit reconnue cette
sainteté, et "beaucoup de ses anciens compagnons et amis me demandent instamment que la cause de canonisation soit introduite".
Un saint laic, père de famille ?
"Au moment ou est mis en relief par le dernier Synode (...) l’appel à la
sainteté commun à tous les disciples du Christ, ajoute le postulateur de la
cause, il est important que puisse être reconnue la sainteté authentique
d’un laic, père de famille nombreuse, plongé dans les réalités séculières
de notre temps, auxquelles il a fait face avec un véritable esprit évangélique".
L’Abbé Puyjalon évoque les conditions inhumaines de sa détention à Dachau, ou "il sut faire preuve d’un courage et d’une charité exemplaires, allant jusqu’à la limite de l’épuisement au service de ses frères, comme
l’attestent tous ses compagnons de détention. Ce courage et cette charité
s’yppuyaient sur une foi sans failles et une Espérance chrétienne à toute
épreuve. Ils étaient nourris par la prière fréquente et la réception de
l’Eucharistie, même au péril de sa vie". Il y a aussi sa carrière politique. "Comme toute action politique, elle peut être controversée, écrit
l’Abbé Puyjalon. Mais il est certain que M. Edmond Michelet fit preuve en
tous ses engagements d’un esprit de fidélité remarquable, d’un grand sens
des autres, et notamment des plus défavorisés (il se situe dans la grande
lignée du catholicisme social). Il voulait une justice qui n’écrase pas les
plus faibles".
Après avoir consulté les évêques de la région apostolique du Sud-Ouest
et pris connaissance des avis favorables exprimés par tous les cardinaux
français interrogés sur l’opportunité d’ouvrir cette cause, Mgr Froment a
rendu publique la pétition du postulateur et signé le décret d’ouverture de
l’enquête canonique, qui se poursuivra jusqu’au 22 novembre prochain.
(apic/cip/cor)