Rapport du groupe "Pastorales et sectes"
Paris, 23juin(APIC) Le dialogue inter-religieux est d’actualité. De nombreux documents d’Eglise mettent en évidence son lien avec l’évangélisation. Les sectes en seraient-elles exclues? La question est soulevée dans
le dernier rapport du groupe "Pastorales et sectes" qu’anime en France le
Père Jean Vernette. Il préconise la prise en compte de la dimension religieuse de l’homme, "y compris dans ses manifestations les plus surprenantes".
Le dialogue avec certains groupes très énergiques dans leur prosélytisme
pose problème. Le document distingue trois attitudes, dont la première consiste à prendre en compte les effets nocifs des pratiques sectaires et les
méthodes utilisées pour séduire et manipuler les consciences, sans se préoccuper du contenu religieux. Une démarche qui est nécessaire en cas de
violation des droits de l’homme, mais qui a ses limites quand elle se désintéresse de la motivation de ceux qui ont cherché une réponse spirituelle
à leurs questions.
A l’inverse, une deuxième attitude, que l’on observe dans les mouvements
évangéliques fondamentalistes, consiste à s’attacher au contenu religieux
du message pour dénoncer l’enseignement des sectes, vu d’abord comme un
chemin de perdition. Il s’agit de sauver les victimes des sectes qui prêchent de fausses doctrines antibibliques et des idées païennes parfois inspirées par Satan, de "déconvertir" les adeptes et de les "reconvertir".
Souci louable, estime le groupe "Pastorales et sectes", à ceci près que la
"diabolisation" systématique du message des nouveaux mouvements religieux
occulte l’authenticité de certaines aspirations religieuses.
De la diabolisation au dialogue
Le groupe "Pastorales et sectes" préconise une autre attitude, qui consiste à ne pas s’en tenir à une approche psychosociale ou doctrinale. Tout
en prenant en compte les manipulations psychologiques et les erreurs doctrinales, il s’agit d’être attentif à "la démarche religieuse profonde, même si elle engendre parfois des comportements aberrants".
Celui qui adhère à une secte entre dans un monde spirituel qui structure
de façon nouvelle sa personnalité et son comportement. Comment comprendre
la signification de sa démarche sans amorcer un dialogue avec lui? Le texte
explique: "Choisissant de rejoindre l’expérience spirituelle souvent intense que vit l’autre, on lui accorde le préjugé favorable de la sincérité
avant de la déclarer de manière habituelle manipulée ou abusée. On est
alors à même de dire fermement ses points de désaccord. C’est là que se situe la distance critique".
En des temps de religiosité éclatée, l’évangélisation ne consiste pas à
condamner a priori ce qui n’est pas strictement chrétien, observe le document, mais à prendre en compte la dimension religieuse de l’homme, "y compris dans ses manifestations les plus surprenantes, pour convertir à JésusChrist les désirs religieux spontanés". Cela requiert à la fois une grande
attention à la démarche des personnes et une extrême lucidité dans le discernement. (apic/cip/pr)