Rodez, 24mars(APIC) Du Jeudi Saint au dimanche de Pâques, une abbaye cistercienne perdue au fin fond de l’Aveyron catholique va faire le plein,
après de longues années d’abandon : l’abbaye de Sylvanès, devenue un centre
liturgique de renommée internationale, ou Radio Notre-Dame, l’émetteur de
l’Eglise de Paris, a planté ses micros pour ces quatres journées de fêtes
pascales.
Tout commence dans les années 75, un prêtre dominicain nouvellement ordonné, le Père André Gouzes, originaire de l’Aveyron, a deux passions : la
musique et l’abbaye de Sylvanès. Retirée dans la campagne, non loin d’un
village d’une centaine d’habitants, cette abbaye, construite au XIIIe
siècle, est fermée depuis la Révolution et laissée à l’abandon. Tout en
donnant des cours aux dominicains de Rangueil, à Toulouse, André Gouzes
songe à relever de ses ruines ce superbe bâtiment qu’il connaît depuis
l’enfance. Il prend une années sabbatique et s’installe dans les ruines
pour un hiver qu’il passe en ermite.
"Je suis arrivé comme un pauvre. J’ai vraiment eu l’impression de faire
l’expérience des missionnaires d’Afrique qui se fraient un chemin dans la
brousse", explique-t-il à Radio Notre-Dame. Aidé de quelques bonnes
volontés, André Gouzes s’affaire à rebâtir le "temple". Avec l’aide du
violoncelliste Marcel Bardon, il ouvre l’abbaye, dont les travaux de
restauration et d’aménagement ne sont pas encore achevés, à des activités
culturelles durant les mois d’été. "Il fallait exploiter l’acoustique
exceptionnelle des lieux, explique-t-il. Je m’étais donné pour mission de
créer une formation liturgique pour tous ceux qui sont en quête d’un chant
comme expression spirituelle".
On vient à Sylvanès pour d’autres stages : arts plastiques,
iconographie, enluminure, calligraphie... Les enfants ont leurs ateliers
(contes, récits...). Un festival d’été (deux mois de concerts) attire les
amateurs de tous les coins de France. André Gouzes n’hésite pas à passer
des commandes d’oeuvres sacrées aux compositeurs. Environ 60.000 personnes
passent à l’abbaye dans l’années, un millier y suivent un stage de
formation.
D’abord une spiritualité
Que vient-on chercher à Syvanès ? La beauté d’un site, un lieu de
recueillement et de prière, un apprentissage du chant liturgique, même s’il
n’y a pas là de communauté, le Père Gouzes étant le seul prêtre permanent.
André Gouzes écrit des musiques sacrées sur des textes de l’Ecriture,
eux-mêmes adaptés par des Frères de Saint-Jean de Malte à Aix. "La musique
que je compose ne se définit pas, dit-il : elle invite au recueillement,
elle est au service des textes sacrés". Sa "Liturgie chorale du peuple de
Dieu" est utilisée depuis dix ans déjà par les moines et moniales de Jérusalem (église Saint-Gervais) et les Dominicaines de Saint-Leu, à Paris. Le
Père Gouzes est connu également dans le reste de la France et à l’étranger:
plus de 3.000 personnes suivent chaque année ses sessions liturgiques.
L’abbaye est toujours pleine durant la Semaine Sainte. Le jour de
Pâques, de quatre à cinq mille fidèles se pressent dans l’église, ce qui
n’est pas rien dans un lieu aussi retiré.
Des projets d’avenir ? Ils sont surtout d’ordre pratique : achever les
travaux de restauration des vitraux, de l’orgue et du mobilier, développer
les capacités d’accueil. Mais, pour le Père Gouzes, "Sylvanès, c’est
d’abord une spiritualité". (apic/pnd/bd)