France: Un an après le schisme de Mgr Lefebvre (280689)
Paris, 28juin(APIC/Marie-Jo Hazard) Quel bilan peut-on faire, en France,
un an après le schisme intégriste consommé par Mgr Marcel Lefebvre le 30
juin 1988 ? "Positif! Très positif!" s’écrie l’abbé Paul Aulagnier, responsable pour la France de la Fraternité Saint Pie X. "Nos séminaristes sont
de plus en plus nombreux (60 à 70 séminaristes français). Nos communautés
sont en stabilité plutôt croissante..." Pourtant, la rupture a sans doute
été douloureusement vécue! "Pas du tout. Ce qui domine, c’est la sérénité,
la paix. Nous sommes dans le droit, dans le vrai: nous en avons la certitude et nous attendons que Rome le reconnaisse, au lieu de nous condamner".
De fait, il est bien difficile de faire dresser un tableau complet de la
situation : il y a eu des retours dans le sein de l’Eglise, et des gens qui
ne sont pas revenus. Des communautés religieuses ont fait une démarche de
réintégration : dès avant le schisme déjà, le monastère bénédictin de Flavigny avait entrepris une démarche longue et lente pour retrouver sa place
dans l’Eglise. D’autres depuis, comme la communauté dominicaine de Chéméré
ou celle du Barroux, ont été réintégrées par le cardinal Mayer. De manière
si rapide que certains font remarquer que, sans mettre en doute l’honnêteté
de la démarche, des problèmes subsistent par rapport à la foi, que la rapidité de l’opération n’a pas permis d’élucider, contrairement à ce qui s’est
passé pour Flavigny.
Dans certains des diocèses où existaient des groupes intégristes, des
prêtres ont refusé le schisme, se rattachant, le plus souvent, à la Fraternité Saint Pierre. Mais au sein même des communauté constituées autour de
ces prêtres, il est bien difficile de distinguer qui se situe sur une ligne
"lefebvriste" et qui demeure fidèle à Rome.
Eglise de Port-Marly toujours occupée
La situation actuelle du diocèse de Versailles, en banlieue parisienne,
semble une bonne illustration de la complexité du problème. Ce diocèse, en
effet, connaît le triste privilège de voir une de ses églises - celle de
Port-Marly - occupée de force par un groupe intégriste. Or le prêtre de
cette communauté, l’abbé Bruno de Blignières, a refusé de suivre Mgr Lefebvre dans le schisme, et a encouragé ses "paroissiens" à demeurer fidèles
à l’Eglise. Un dialogue s’est engagé avec l’évêque de Versailles, Mgr JeanCharles Thomas, qui devrait aboutir à la reconnaissance de cette communauté
et de son prêtre. Pourtant, cela n’a pas encore pu se faire, car un obstacle de taille subsiste: l’église est toujours occupée et la blessure
ressentie par le curé et les paroissiens exclus de leur église est telle
que toute cohabitation est actuellement impossible.
Pourquoi, dans ce cas, ne pas donner à la communauté repentie un autre
lieu de culte? Parce que beaucoup de fidèles du Père de Blignières ont,
vis-à-vis de Port-Marly, un attachement sentimental qui remonte à plus de
20 ans, lorsque l’abbé Roussel, aujourd’hui décédé, était curé de Port-Marly et que l’on venait de toute la région parisienne "assister à sa messe".
Aujourd’hui, les traditionalistes de Port-Marly se considèrent comme les
héritiers de l’abbé Roussel... et refusent de quitter leur "territoire".
D’autre part, le schisme a provoqué une fêlure au sein même de la communauté : les uns ont suivi le prélat d’Ecône, tandis que les autres refusaient de se séparer de l’Eglise catholique romaine.
Ceci a été particulièrement évident lors de deux récents pèlerinages à
Chartres: le premier, organisé par le groupe intégriste "Renaissance catholique", dont l’un des responsables, est l’un des piliers de Port-Marly, a
attiré un certain nombre de fidèles de l’abbé de Blignières; le second,
sous l’égide du "Centre Henri et André Charlier", se voulait fidèle au pape, et a vu la participation d’autres fidèles... tandis qu’un certain
nombre de gens participaient à l’un et l’autre pèlerinage!
Une situation claire pour les prêtres mais floue pour les fidèles
Toujours dans le diocèse de Versailles, où existe un prieuré lefebvriste, quatre prêtres ont demandé à se réconcilier avec Rome. Pour trois
d’entre eux, la situation est claire: leur ministère est reconnu par
l’évêque qui leur a confié une mission auprès des groupes traditionalistes.
Le quatrième est l’abbé de Blignières: "C’est lui qui rencontre le plus
l’évêque, constate le Père Marcel Béguin, porte-parole de l’évêque de Versailles, à cause des négociations en cours. Mais c’est aussi avec lui que
l’accord est le plus difficile, parce qu’il continue à occuper la place du
curé nommé..."
Et le Père Béguin de conclure : "Dans l’ensemble, la situation des
prêtres est claire. Celle des fidèles est très floue, d’autant que personne
ne leur a demandé où ils se situaient..." Une réflexion qui résume bien la
situation pour l’ensemble de l’Hexagone!. (apic/mjh/pr)