Une "messe pour la France" à Notre-Dame pour le bicentenaire
Paris, 20juin(APIC) 200 ans jour pour jour après le fameux "Serment du
Jeu de Paume", l’Eglise de France se souvient de ce serment fondateur de
l’Assemblée nationale. Les évêques français ont ainsi choisi cette date
pour commémorer le "bicentenaire des débuts de la Révolution française".
Dans une cathédrale Notre-Dame de Paris envahie par la foule, une trentaine
d’évêques présents à Paris à l’occasion du Conseil permanent de l’épiscopat, ont concélébré mardi soir une "messe pour la France" avec les cardinaux Albert Decourtray, archevêque de Lyon et président de la Conférence
des évêques de France, et Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris.
Pour bon nombre de contemporains, le "Serment du Jeu de Paume" est un
célèbre tableau du peintre Français Louis David. L’événement, immortalisé
par cette peinture, a eu lieu le 20 juin 1789: les députés de l’Assemblée
nationale ayant trouvé close, sur ordre du roi, la salle où ils devaient se
réunir, se replièrent sur une salle voisine, la salle du Jeu de Paume. Là,
les représentants du Tiers Etat, ainsi que sept représentants du Clergé,
firent le serment "de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où
les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume
soit établie et affermie".
"La célébration de ce soir n’est pas une provocation", devait déclarer
dans son homélie le cardinal Decourtray qui rappela que, "dans la mouvance
du Serment du Jeu de Paume prêté il y a deux siècles, jour pour jour, on
sait que l’Ordre du Clergé, jusqu’ici privilégié, rejoignit à Saint-Louis
de Versailles, en esprit d’union, de justice et de paix, les rangs du Tiers
Etat pour ne former qu’une assemblée unique de la nation".
Mgr Decourtray a centré sa méditation sur les récits évangéliques qui
montrent que "le Christ aimait passionnément sa nation", mais aussi que "le
royaume de Dieu n’est pas de ce monde": "Pourtant, c’est bien dans ce monde
qu’il arrive et grandit". Il y a là, a poursuivi l’archevêque de Lyon, un
paradoxe que l’Eglise catholique s’est efforcée de vivre au cours des
siècles, témoignant, parfois jusqu’au martyr, de "l’union des droits de
Dieu et des droits de l’homme".
Les raisons d’une telle commémoration
Le 28 octobre dernier, à Lourdes, les évêques de France invitaient les
catholiques à discerner ce qu’il y a de positif dans l’héritage de la Révolution. Ce 20 juin, ils les ont appelés à offrir l’eucharistie "pour la
justice et pour la paix", sur le tombeau des martyrs de la Révolution française. Au début de la célébration, l’historien catholique René Rémond,
s’adressant aux fidèles, a expliqué les raisons qu’il y avait pour l’Eglise
de France de commémorer "avec quelque solennité" le bicentenaire des débuts
de la Révolution.
"Acteurs, témoins, victimes, les catholiques y ont pris une part décisive, a-t-il lancé. Tous les acteurs de la Révolution ont été des baptisés.
Il y a plus : l’Eglise comme institution, le clergé comme corps social ont
joué un rôle souvent capital dans le déroulement de la Révolution à ses
débuts : la transformation des Etats généraux d’une société d’ancien régime
en une assemblée nationale de type moderne, le vote des grands textes fondateurs, les initiatives qui jettent les bases de la société moderne, le
consentement à l’unité nationale."
Après avoir évoqué la "dérive révolutionnaire et la rupture entre
l’Eglise et la France nouvelle", René Rémond a relevé que deux cents ans
après, il est devenu possible de porter un jugement historique enfin libéré
des appréciations polémiques ou des interprétations dictées par des systèmes idéologiques. (apic/mjh/be/pr)