France: réponse de l’épiscopat français à Charles Pasqua ? (210693)
sans mauvaise conscience, quitte à déranger
Paris, 21juin(APIC) Les évêques ne doivent pas craindre de s’exprimer sur
les débats en cours pour rappeler les exigences évangéliques: c’est le message adressé aux évêques français par Mgr Joseph Duval, président de la
Conférence épiscopale, au moment où les interventions de l’Eglise sur les
problèmes de l’immigration sont parfois mal reçues, notamment par Charles
Pasqua, l’actuel ministre de l’Intérieur du gouvernement français.
Invité du "Club de la presse" d’Europe 1, le lundi 24 mai, Charles Pasqua avait réagi vivement aux prises de position des Eglises condamnant les
projets du gouvernement en matière d’immigration. "Ce procès d’intention,
je ne l’accepte pas, avait déclaré le ministre de l’Intérieur. "Nous ne
sommes pas en Arabie Saoudite, il n’y a pas la confusion des pouvoirs entre
les Eglises et l’Etat. (...) Que l’Eglise soit inquiète, çà la regarde.
Qu’elle se livre à des condamnations, elle n’a aucun droit de le faire.(...)Je n’ai pas besoin qu’on me rappelle des règles de morale".
En ouvrant les travaux du dernier comité permanent de l’épiscopat (14-16
juin), Mgr Duval a souligné que tandis que "nos sociétés sont affrontées à
des situations compliquées et à des problèmes inédits, les évêques sont appelés à participer aux débats en cours et à dire ce que la Révélation chrétienne nous permet de découvrir sur le sens de l’homme et les règles de la
vie en société.
Cette prise de parole n’est pas facile. "La parole de l’Eglise est souvent attendue et sollicitée, ajoute le président de la Conférence épiscopale française. Mais les réponses ne sont pas toujours appréciées, soit parce
qu’elles dérangent, parce que elles vont à contre-courant, soit tout simplement parce qu’on accepte pas que l’Eglise intervienne dans la vie pratique, sociale, économique, politique ou médicale. Facilement, on renvoie
ceux qui interviennent, au nom de leur foi, au spirituel. On admire l’Evangile, mais ses implications sociales dérangent.
A temps et à contretemps
"Il n’est pas inutile de dire, d’une manière ou d’une autre, à temps et
à contretemps, pourquoi l’Eglise intervient pour rappeler certaines exigences appliquées à la vie concrète, explique encore Mgr Duval. Dans une société qui n’arrive plus à permettre à tous ses membres d’avoir accès au
travail(...), voire à la culture , la mission de l’Eglise est d’être proche
de ceux qui ont faim, qui sont nus, malades, prisonniers ou étrangers. Ce
faisant, elle ne marque pas une distance par rapport à ceux qui sont plus
favorisés, elle rappelle les droits de ceux qui voient les leurs s’amenuiser. Ce rôle n’est pas facile. Il dérange. Il introduit même au sein des
communautés chrétiennes des tensions. Il heurte de plein fouet ceux qui ne
veulent pas d’une Eglise qui rappelle des exigences à tous ceux qui détiennent un pouvoir".
Que la peur de mal s’exprimer ne nous rende pas muets"
Dans la conjoncture présente, où les évêques doivent rappeler les exigences évangéliques - justice, solidarité, respect des personnes - "sans
mauvaise conscience", Mgr Joseph Duval rappelle que les prises de position
des évêques s’enracinent dans "la doctrine sociale de l’Eglise", qu’elles
ne sont pas "des mouvements d’humeur irréfléchis ou partisans". Après avoir
souligné la nécessité de bien préparer les interventions "pour qu’apparaisse suffisamment ce qui les motive et qu’elle ne sont pas l’expression d’une
hérarchie qu’on dit aisément coupée des réalités, il conclut: "Que la peur
de mal s’exprimer ou de contrarier ne nous rende pas muets ou trop hésitants". (apic/cip/ba)