France: refonder une véritable morale laïque (261090)
Paris, 26octobre(APIC) Après avoir conquis de haute lutte la séparation
de l’Eglise et de l’Etat, après s’être forgé une morale qui n’avait besoin
ni de Dieu ni de Satan pour tenir debout, la France est en train de perdre
sa principale vertu: la laïcité, laissant ainsi le champ libre à la montée
d’un "néocléricalisme": c’est l’inquiétude exprimée par François Reynaert
et Francis Zamponi, respectivement responsables de la rubrique "Religions"
et du service "Sociétés" du quotidien "Libération". Ils expriment leurs
craintes dans un livre de 260 pages paru chez "Calmann Levy" sous le titre
"Sur la terre comme au ciel".
Affirmant que "l’homme ne peut se passer de morale", les auteurs regrettent que cette grave crise d’anémie laïque en laisse le monopole aux Eglises, que le "sommeil" de l’Etat favorise la montée d’un nouveau cléricalisme, qui s’est exprimé lors de l’affaire Scorsese et dans plusieurs autres
comme celles des foulards islamiques, de la mission de dialogue en Nouvelle-Calédonie, de la querelle du catéchisme... Un "nouveau rêve épiscopal",
qui les amène à poser la question: "L’Eglise catholique est-elle saisie par
le démon du cléricalisme?"
Les auteurs ne croient pas que les évêques français "ourdissent un noir
complot des soutanes, que Mgr Lustiger et le cardinal Decourtray préparent
de concert la prise de l’Elysée par la face nord..." Ils ne voient pas non
plus "au nom de quel curieux principe les évêques ne pourraient pas, comme
n’importe quel citoyen, planter leurs oignons dans les plates-bandes de la
guerre, de la paix, de la vie politique ou de l’économie".
Une timidité coupable
Ce qui dérange les deux auteurs, c’est que les évêques ne se contentent
pas de ce rôle de simples citoyens, mais revendiquent un rôle particulier,
notamment dans le domaine des valeurs. Ils citent à l’appui de leur thèse
certaines déclarations du pape et de cardinaux français qui suggérent que
la religion est l’ultime fondement de la société et des droits de l’homme;
bref, qu’il n’y aurait pas de morale laïque possible.
François Reynaert et Francis Zamponi déplorent la timidité coupable
d’une République qui renonce à professer une éthique, laissant ce soin à
des "Comités de sages" qui désaisissent les représentants élus de la nation
des grandes questions de société. La recherche d’un "consensus mou" entre
les diverses familles de pensée, avec son addition de thèses, ne fera jamais une morale républicaine. "Devant la vacuité du discours politique,
ajoutent-ils, l’idée (...) progresse qu’il n’y a plus dans ce pays que les
hommes d’Eglise pour avoir une idée de ce qu’étaient les valeurs". (apiccip/pr)