Paris, 14octobre(APIC) A quelques mois du Millénaire du bapteme de la
Russie, il apparait difficile, voire imprudent, de faire un pronostic en ce
qui concerne un éventuel voyage du pape Jean Paul II en Union soviétique.
C’est ce qu’a affirmé Mme Hélène Carrère d’Encausse, universitaire, spécialiste des pays de l’Europe de l’Est, au cours d’un débat auquel elle a participé mardi 13 octobre en compagnie d’Olivier Clément, théologien et historien orthodoxe.
Sous la pression de groupes d’intellectuels russes, le pouvoir soviétique a laissé entendre qu’il pourrait réviser la législation régissant les
rapports entre l’Eglise et l’Etat, et donner quelques garanties aux
croyants en ce sens. Une décision aussi spectaculaire -si elle était priseserait le signe que le pouvoir soviétique souhaite favoriser la venue du
pape.
Quelles raisons y aurait-il a recevoir le pape en Union soviétique ?
Quelles raisons pourraient dont pousser les responsables soviétiques à
ce geste ? M. Gorbatchev, malgré son autorité certaine, semble éprouver
quelques difficultés à porter ses réformes en avant. Il se trouve ainsi à
la recherche de gestes spectaculaires, confortant sa légitimité internationale et lui permettant de calmer la fraction la plus extreme de son opinion
intellectuelle, soucieuse de revenir aux vraies valeurs russes, celles du
christianisme. Cela lui donnerait égalemment la possibilité de calmer les
inquiétudes d’une partie de l’establishment soviétique, inquiète de
l’effritement des valeurs socialistes.
Le Secrétaire général du Parti communiste soviétique a cependant conscience des dangers que représenterait la venue du pape en Union soviétique.
D’une part, il encouragerait par son geste les croyants et l’establishment
dans leurs exigences opposées; d’autre part, il donnerait à Jean Paul II la
possibilité de prendre des initiatives difficilement controlables.
Evolution du pouvoir socialiste
Ce débat, meme s’il n’aboutit pas à une solution positive, traduit cependant une évolution indéniable du pouvoir socialiste par rapport à la religion, qui se manifeste à deux niveaux : libération de prisonniers et ouverture d’églises. Le débat révèle également la prise de conscience des
dirigeants soviétiques de l’effondrement moral des citoyens et de l’échec
du système soviétique à créer une éthique. Le discours de M. Gorbatchev,
dans lequel l’expression "facteur humain" revient le plus souvent, montre
d’ailleurs assez clairement que le véritable échec du système soviétique
est tout entier dans la volonté des hommes de ne pas coopérer.
(apic/vb/cor)