France: Projet de réforme pédagogique pour l’école primaire (160290)
Paris, 16février(APIC) Le projet de réforme pédagogique pour l’école primaire incluant une nouvelle organisation du temps scolaire présenté jeudi
par M. Lionel Jospin, ministre français de l’Education nationale, suscite
bien des interrogations, voire des inquiétudes au sein de la Conférence des
évêques de France. Trop de questions ont été éludées et demeurent sans réponses, ainsi que le laisse entendre un communiqué publié jeudi, et signé
par Mgr Albert Decourtray, prédident de ladite Conférence et président de
la Commission épiscopale de l’Enseignement religieux.
La première interrogation de l’épiscopat français à trait à la loi de
Jules Ferry du 28 mars 1882 et à l’article 1 de la loi du 31 décembre 1959
qui affirme que pour les élèves fréquentant l’enseignement public "l’Etat
doit prendre toutes dispositions utiles pour leur assurer la liberté des
cultes et de l’enseignement religieux". Prendre toutes disposition utiles
pour assurer un droit c’est donner effectivement les moyens de l’exercer.
Or, font remarquer les évêques, le ministre, dans son exposé, n’a pas abordé cette importante question.
Et de poser à ce propos deux questions. A l’attention de Lionel Jospin:
"Doit-on y voir la volonté du ministre de rejeter tout exercice de la liberté religieuse dans la vie privée comme cela semble devenir une pratique
de plus en plus répandue depuis quelque temps dans les textes officiels?".
Puis du pays dont il est ministre: "La France serait-elle le seul pays de
l’Europe des douze à refuser une laïcité ouverte, accueillante à la pluralité religieuse et reconnaissant aux groupes religieux, dans le respect des
droits de l’homme et du bien commun de la nation, la liberté que leur reconnaît notre Constitution et les moyens de l’assurer?"
Quantité et qualité du temps d’enseignement religieux
Autre inquiétude des évêques: la garantie du temps réservé au catéchisme
pour les élèves de l’enseignement public. "Les lois du 28 mars 1882 et du
31 décembre 1959 ont-elles été abrogées, et au cours de quel débat parlementaire cette question a-t-elle été mise en délibéré?", interrogent-ils,
en se demandant si les familles qui veulent pour leurs enfants une éducation religieuse devront se contenter du temps abandonné par l’Education nationale et par les diverses associations parascolaires qui lui sont liées.
Reste le problème des plages de temps qui pourraient être utilisées pour
le catéchisme, si le maintien actuel de l’organisation hebdomadaire n’était
pas retenu. Pour les évêques se pose alors la double question de la qualité
et de la quantité du temps réservé à l’éducation religieuse: "Ce temps sera-t-il un moment de bonne réceptivité? Permettra-t-il de préserver la demi-journée nécessaire, c’est-à-dire trois heures consécutives dans le cadre
du temps scolaire, comme c’est le cas le mercredi matin?"
Selon la volonté du ministre, les décisions quant aux rythmes scolaires
seront prises de façon décentralisée. A ce propos, les évêques se déclarent
prêts à négocier le choix de cette demi-journée au plan départemental, avec
au besoin des variantes locales, "mais à condition que le principe et la
durée du temps réservé soient déterminés par une règle de portée nationale".
Après avoir souligné que le temps réservé à l’éducation religieuse
dans la semaine scolaire des écoliers de France est "largement le plus bas
d’Europe", et qu’une discrimination de ce temps par une décision politique
serait très mal comprise de l’opinion publique française, les évêques de
France, tout en relevant qu’ils sont les "garants de l’éducation de la foi
dans un pays qui compte plus de 80% de baptisés qui se reconnaissent catholiques", disent ne pas pouvoir accepter de telles perspectives. Ils souhaitent en conclusion que la négociation ouverte par le ministre avec les différents partenaires permettra enfin de parvenir à une décision équitable
pour tous. (apic/com/pr)