Paris, 3août(APIC) "Mgr Lefebvre, la messe et l’intégrisme" c’est le sujet qu’a développé Mgr Pierre Eyt, archevêque coadjuteur de Bordeaux, dans
le journal "Sud-Ouest" du 15 juillet qui est repris par le dernier numéro
du SNOP (Service catholique français de presse et d’information). Mgr Eyt
analyse les véritables prises de position de Mgr Lefebvre et l’erreur théologique fondamentale que le chef des intégristes a faite en s’isolant du
collège des évêques.
Mgr Eyt considère que la position de Mgr Lefebvre est extrémement grave,
car elle nie dans sa substance même, la constitution fondamentale de
l’Eglise catholique. "Un évêque isolé du pape et de ses frères est un
évêque perdu". L’évêque coadjuteur de Bordeaux balaye l’argument liturgique
de la messe en latin et du rite de Saint Pie V pour cerner le noyau véritable de l’opposition de Mgr Lefebvre envers le Vatican. "Ce n’est pas à
cause du latin et de la messe selon Saint Pie V que Mgr Lefebvre s’est
placé en dehors de l’Eglise de saint Pierre. Le drapeau brandi, pour cette
cause, somme toute légitime, a permis à Mgr Lefebvre d’abuser longtemps des
esprits et des coeurs".
Les écrits et les propos de Mgr Lefebvre portent en effet beaucoup plus
loin que le domaine strictement liturgique. "Mgr Lefebvre conteste que
l’Eglise ait aujourd’hui à annoncer l’Evangile dans le langage de ce temps.
(...) Il oublie que la tradition de l’Eglise est tradition vivante. Elle ne
peut donc jamais s’arrêter ou se figer". Mgr Eyt rappelle à ce propos que
la tradition est toujours susceptible d’expressions renouvelées, pourvu
qu’elles soient souscrites par un pape ou un concile universel, comme les
quelques vingt et un conciles qui ont permis à la tradition catholique de
rester vivante au cours des siècles.
L’évêque coadjuteur de Bordeaux démontre également que Mgr Lefebvre se
trompe au sujet du Concile Vatican II. Ainsi, celui-ci "s’est placé avec
une extrême rigueur dans la perspective de l’ensemble de la tradition de
l’Eglise (d’Orient et d’Occident). Constamment la référence aux conciles
précédents a guidé les participants. (...) Il est indéniable aussi que
l’immense majorité des participants à Vatican II étaient, comme les papes,
habités et animés par une obligation convergente : communiquer aux hommes
de ce temps la Bonne Nouvelle du Salut. Or ces hommes sont marqués, au
moins en Occident, par l’athéisme, l’indifférence, le doute. Il y a donc
urgence pour les chrétiens à approcher leurs contemporains, à les
comprendre, à les rejoindre, à se situer, de diverses manières, à portée de
voix."
Mgr Lefebvre critique surtout le modernisme de l’Eglise actuelle. Mais,
même si Vatican II a reconnu que la modernité et la conscience du progrès
caractérisent l’homme et la femme d’aujourd’hui, il n’a pas tout approuvé
et le pape Jean Paul II "ne cesse de rappeler ce qui dans l’évolution va à
l’encontre de l’homme et peut même l’avilir".
Mgr Eyt conclut en parlant de l’immobilisme de Mgr Lefebvre, "il refuse
qu’il y ait une possibilité d’évolution bonne et de progrès réel. Il rêve
d’une somptueuse halte de l’histoire nous reconduisant à une époque qui,
sans doute, n’a jamais existé". C’est pourquoi, il ne peut accepter, par
exemple, ni la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ni la liberté religieuse telle que la définie le Concile, ni les principes catholiques de
l’oecuménisme. (apic/snop/bd)