France: Mouvement des Cadres Chrétiens en congrès (050292)
Paris, 4 février(APIC) Pour célébrer ses cent ans, le Mouvement français
des Cadres Chrétiens (MCC) a voulu "une action dynamique et non une journée
du souvenir". Dans plus de 60 villes de France, les 1er et 2 février ont
donné lieu à de multiples rencontres autour de thèmes comme: "Performants,
pour quelles solidarités?" Ou "comment témoigner de l’Evangile au coeur des
réalités économiques et sociales, pour donner pleinement ses chances à
l’homme?".
A Paris, un bon millier de personnes se sont retrouvées au Cirque d’Hiver pour une journée de réflexion et d’échanges. De nombreux témoignages et
exposés ont permis de prendre la mesure de certains problèmes économiques
dans les pays voisins de la France.
A l’heure de l’Europe élargie
Les interventions de la matinée ont réuni autour d’une même table des
Français, un Marocain et un pasteur protestant de l’ex-RDA. Chacun a essayé
de rendre compte de l’apparente opposition entre "performant" et "solidaire". Comment réconcilier deux mots qui sont orientés l’un vers le profit et
l’autre vers les perdants? Et que dire lorsqu’à cette difficulté s’ajoute
le facteur de la différence des cultures! Ce choc des cultures était particulièrement clair dans l’exposé d’Alain Bertrand, directeur général d’exploitation à la société Eurotunnel: "Comment envisage-t-on la circulation
dans un tunnel lorsqu’un des pays roule à droite et l’autre à gauche?" Il
faut éveiller "aux différences et se servir de la langue comme d’un objectif de culture. Partir des différences pour aboutir progressivement à une
synthèse".
Aït Addout, président de la société "Maghreb développement-investissement" a pour sa part évoqué les enjeux de la création d’entreprises dans
les pays en voie de développement. Quant au pasteur Stephan Steinlein, ancien ambassadeur de l’ex-RDA en France, il a évoqué les conséquences de la
restructuration industrielle dans son pays. Là-bas aussi, le problème majeur demeure le chômage, suivi de près par la baisse de production industrielle. L’exode rural et le dépeuplement qu’il entraîne affectent sérieusement les campagnes. Des questions matérielles se doublent de connotations
théologiques. Il faut penser au passé, s’engager sur la voie de la réconciliation et du pardon. "L’homme qui nie son passé risque de perdre son avenir. Dans un monde bouleversé, le monde d’avant-hier apparaît comme le salut".
Même son de cloche de la part d’un autre représentant des pays de l’Est,
Piotr Nowina-Konopka, ancien conseiller de Lech Walesa à Solidarnosc et
secrétaire général de l’Union démocratique, a présenté quelques uns des
problèmes que vit son pays après la disparition du communisme. "Le mot-clé,
c’est la solidarité. Nous devons trouver l’énergie dans la société pour
agir et prendre la responsabilité de nous-mêmes".
Créer une culture de l’emploi
Pour Dominique Bourgoin, PDG de la société Aligator, "il faut créer une
culture de l’emploi, de luttte contre le chômage et l’exclusion". Le profit
est un moyen, le but à atteindre c’est le développement de l’homme. Dominique Bourgoin a posé quelques questions concernant l’entreprise et le rapport entre ressources humaines et investissements financiers. "L’entreprise
doit passer de l’égocentrisme à une éthique pour l’homme qui le rende solidaire de ceux qui ne peuvent travailler". Cela passe par des sacrifices au
niveau des modes de vie. Il a terminé en replaçant son action quotidienne
dans la ligne de sa foi: "le matin, quand j’arrive au bureau, je prie pendant un quart d’heure. Ca change mon regard."
Au cours de l’après-midi, une table ronde a réuni d’autres intervenants:
le père Henri Madelin, aumônier général du Mouvement, Maria Lourdes Pintasilgo, ancien Premier ministre du Portugal et Bernard Snoy, représentant de
leur pays auprès du conseil d’administration de la Banque Mondiale. Le premier a mis l’accent sur la double finalité du mouvement: "être présence de
l’Eglise au coeur de ce monde et présence du monde au coeur de l’Eglise".
Il a d’autre part souligné le manque de débats au sein de l’Eglise de France, le plus souvent par peur: "C’est une Eglise qui ne parle pas".
Maria Lourdes Pintasilgo a mis l’accent sur le rôle des femmes dans le
développement du sud qui commence "par la scolarisation des fillettes". Elle a ausssi mis en garde contre les tentations post-communistes: "Nous
devons faire attention à ce que le libéralisme ne devienne pas la nouvelle
idéologie, voire la nouvelle idole".Bernard Snoy a pour sa part présenté un
exposé plus technique qu’il a terminé en citant Vaclav Havel: "Le temps est
venu d’être sujet de sa propre histoire et non plus objet".
La place et l’influence du MCC dans le débat public reste une des questions posées. Le mouvement est certes représenté au sein de la Commission
sociale de l’épiscopat, mais ne devrait-il pas intervenir directement sur
la scène publique? s’est interrogé le responsable national Xavier Grenet.
Question qui sera peut-être l’objet d’un prochain congrès. (apic/ecl/pr/mp)
encadré
C’est en 1892, qu’un jeune jésuite, Henri-Régis Pupey-Girard, eut l’intuition qu’il fallait fonder pour les ingénieurs une association comparable
à celles des jeunes ouvriers. C’est ainsi qu’est né le mouvement des Cadres
Chrétiens qui prendra en 1963, la forme qu’il connaît aujourd’hui. Son but
est triple: se faire disciple du Christ; construire une société solidaire;
vouloir une Eglise ouverte au monde. Le mouvement, fort aujourd’hui de
quelque 7’000 membres, tente, à travers les jeunes, de se donner une dimension internationale. (apic/ecl/mp)