"L’URSS, en ce moment, bouge plus que l’Eglise"
Paris, 25septembre(APIC) "Mohammed Gaillot, mosquée d’Evreux": le facteur
ne s’y trompe pourtant pas, et remet la lettre... à l’évêque d’Evreux. Pas
de doute: Mgr Gaillot dérange, et c’est ce que lui a rappelé Anne Sinclair
qui l’interrogeait lors de l’émission 7 sur 7 sur TF1, dimanche 24 septembre. "Je dérange parce que le message de l’Evangile dérange", répond simplement celui que certains ont surnommé "l’évêque rouge", et qui se souvient que d’autres ont été affublés de ce sobriquet: le cardinal Liénart,
Dom Helder Camara, entre autres.
Pour l’évêque d’Evreux, l’Eglise a perdu aujourd’hui le grand souffle du
Concile Vatican II - "sans doute, avec l’affaire Lefebvre, est-on devenu
plus prudent, et on a peur d’aller de l’avant", constate-t-il, soulignant
qu’il existe un pluralisme dans l’Eglise, mais qu’il y manque le débat:
"L’URSS, en ce moment, bouge plus que l’Eglise", fait-il remarquer en réponse à une question de la journaliste. Un signe de cette absence de débat,
fait remarquer cette dernière, c’est le refus du pape de vous recevoir:
comment expliquez-vous ce refus? "Je pense que c’est parce que j’avais pris
l’initiative de demander cette audience et que je l’avais fait savoir. Surtout parce que je l’avais fait savoir". Pourtant, malgré ce refus, Mgr
Gaillot a signé avec le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon et
président de la Conférence des évêques de France, une déclaration affirmant
leur foi commune car "il est important de manifester ma communion avec
l’épiscopat et l’évêque de Rome".
Interrogé sur l’actualité de la semaine écoulée, l’évêque d’Evreux se
réjouit de l’accord intervenu sur le carmel d’Auschwitz - regrettant pourtant que "les propos du cardinal Glemp ont rendu plus difficile les relations entre juifs et catholiques". A propos du conflit qui paralyse les
usines Peugeot, la journaliste lui a demandé pourquoi il avait signé un
texte de solidarité avec les grèvistes: "Il est normal qu’un évêque soit du
côté des grèvistes, parce qu’il y a là mépris de l’homme. Du reste, souligne-t-il, l’évêque de Belfort et ceux d’Alsace ont parlé, et je m’en réjouis".
Militant - "militant de l’Evangile" - Mgr Jacques Gaillot l’est, assurément. Il n’en est pas moins un homme qui aime regarder la télévision - des
émissions sérieuses, mais aussi "quelquefois un film, un western..."; qui
perd régulièrement la petite croix au revers de son veston... un évêque
aussi sur qui paraissent ces jours-ci 3 livres - un seul signé de lui,
écrit avec la collaboration de la journaliste Catherine Guigon, "Mgr des
autres", aux Editions du Seuil -, "Ma liberté dans l’Eglise", entretiens
avec E. Coquart et Th. Huet (Albin Michel), et "Mgr Gaillot, provocateur ou
prophète?", de C. Wargny (Syros). (apic/mjh/pr)