France: médias et religions: le malentendu (020793)
Paris, 2juillet(APIC) Le malentendu subsiste entre médias et religion:
c’est la conclusion d’un récent débat organisé à Paris par la Fondation
l’Arche de la Fraternité et par le quotidien catholique "La Croix l’Evénement". Yves de Gentil-Baichis, informateur religieux à "La Croix", tire
quatre grandes leçons du débat, dont il était l’un des intervenants: le
fait religieux est minimisé; il est déformé; la maladresse des religions
n’y est pas étrangère; les ponts ne sont pas coupés.
Que le fait religieux trouve difficilement sa place dans le cadre de
l’information quotidienne ou hebdomadaire, cela s’explique par l’histoire
politique et culturelle de la France, qui fait considérer les événements
religieux comme "accessoires et superfétatoires". La dimension religieuse
de l’homme n’apparaît donc pas essentielle aux yeux de certains médias. Et
si on parle aujourd’hui d’un retour du religieux, que l’on disait moribond,
de nombreux médias ne semblent pas encore avoir perçu l’importance du phénomène, explique Yves de Gentil-Baichis.
Si le fait religieux n’est pas vraiment absent de l’information, il est
souvent déformé. Les médias s’en tiennent en général aux aspects surprenants et spectaculaires. "On s’en sert pour étonner, choquer ou apitoyer
les foules", observe "La Croix", quitte à faire la part belle aux intégristes, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou hindous, en ignorant les phénomènes religieux plus significatifs: on monte en épingle le pèlerinage de
Pentecôte des intégristes à Chartres, mais on ne dit rien des grands rassemblements de jeunes ou des nombreux synodes diocésains qui témoignent de
la vitalité de l’Eglise. Choix conscient pour favoriser l’intégrisme? "Même
pas, commente Yves de Gentil-Baichis. Mais la télévision reproduit des images symboliques inspirées par des stéréotypes anciens sans chercher à savoir où se situe le véritable dynamisme spirituel de ce week-end.
Quand l’anecdotique prend le pas sur le phénomène
Souvent aussi, le phénomène religieux est présenté non pas dans son originalité, mais dans ses côtés anecdotiques. L’expérience des trappistes
laisse indifférent, non leur décision de monter un supermarché. Ce qui faisait dire à un intervenant que les médias ne parlent de la religion que
quand elle concerne "le sexe, l’argent et le pouvoir".
Quand le fait religieux est déformé, la faute n’en n’incombe pas seulement aux médias, les grandes institutions religieuses se montrant souvent
fort maladroites: "Elles se méfient des médias, et cette peur entraîne une
attitude défensive contractée. Elles n’osent donc pas jouer la carte de la
transparence, redoutant de laisser entrevoir la diversité des options et
les tensions internes. D’où ces comptes rendus souvent soporifiques dominés
par la langue de bois et où l’exhortation l’emporte sur l’information."
Mais les ponts ne sont pas coupés et, du côté des religions, de l’Eglise
catholique en particulier, on souhaite vaincre l’attitude de méfiance visà-vis des médias, et on accepte, en théorie, le fonctionnement des médias
"avec ce que cela comporte de libre investigation sans chercher à les utiliser comme de simples courroies de transmission du message". Du côté des
médias, on commence à comprendre que les faits religieux ne sont pas une
simple survivance du passé, mais une donnée essentielle des évolutions socio-culturelles et que, du strict point de vue de la connaissance de l’homme contemporain, le fait religieux mérite donc une réelle attention. Mais,
comme l’écrit Yves de Gentil-Baichis, "reste à savoir quand ces voeux pieux
deviendront réalité!"
Mgr Dubost: Nous en avons assez d’être hors jeu!
Quelques jours plus tôt, "La Croix l’Evénement" donnait la parole à Mgr
Michel Dubost, évêque aux armées françaises, qui venait de s’élever contre
les excès d’une certaine laïcité dans les grands médias. "La laïcité consiste, je crois, à respecter toutes les opinions et non pas à les supprimer,
dit-il. Or, dans la société française, on tend à faire du religieux un sujet tabou. (...) J’ai l’impression que, dans le domaine religieux, il n’y a
plus de débats, ou alors les débats sont faussés. Les extrêmes sont mis en
valeur, mais pas les représentants de tous les catholiques qui sont bien
plus nombreux que ceux que l’on voit dans les stades."
Mgr Dubost, qui fut de 1976 à 1982 secrétaire général de la Fédération
des organismes de communication sociale, qui allait devenir par la suite
"Chrétiens-Médias", demande que l’Eglise ne soit pas absente du débat des
médias, et qu’elle ne soit pas seulement représentée par l’image spectaculaire du pape. "L’Eglise rassemble 5 millions de personnes à Lourdes tous
les ans: on n’en parle pas, quitte à laisser croire que les catholiques
sont moribonds", s’étonne-t-il.
Quant au reproche fait aux évêques d’éviter les médias, Mgr Dubost le
juge déplacé. "C’est faut. Je connais beaucoup d’évêques en France qui parleraient dans les médias s’ils étaient invités à le faire", proteste-t-il,
avant d’ajouter: "On ne respecte pas les chrétiens aujourd’hui puisqu’ils
sont volontairement poussés hors du débat public. Nous en avons assez
d’être hors du jeu! L’Eglise ne peut se contenter de manifester son existence par des clochers dans les villages et des oratoires à la croisée des
chemins. La question de Dieu posée par un tas de pierres, c’est bien, mais
elle doit aussi être posée à la télévision et dans les autres moyens de
communication. Les chrétiens ont à témoigner de leur foi, mais faut-il encore qu’on veuille bien les entendre, sinon les écouter."
Mgr Dubost s’étonne aussi de la méconnaissance religieuse de certains
informateurs: "80% des gens se disent catholiques en France et 10% sont
pratiquants... Cela mérite qu’on essaie d’approfondir la connaissance du
fait religieux chrétien. cette ignorance et ce mépris mondain me consternent. Les catholiques seraient-ils des arriérés mentaux? Reviendrait-on aux
sources de la IIIe République en France en tenant le catholicisme pour un
obscurantisme dépassé? Les médias jouent un rôle clé dans notre vie démocratique. Ils sont le lieu du débat et, sans débat, il n’y a pas de démocratie." (apic/cip/cb)