France: marxisme et christianisme en 1990 (060490)
Paris, 6avril(APIC) Dans une interview accordée au quotidien "Le Figaro",
le 5 janvier dernier, le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon et
président de la Conférence des évêques de France, avait dénoncé la "connivence" de certains milieux catholiques avec le communisme. Plus récemment,
dans une interview publiée par "La Croix", le cardinal Bernardin Gantin,
président de la Congégation des évêques, avait prédit "que l’effondrement
des régimes communistes en Europe de l’Est entraînerait celui des théologies de la libération en Amérique latine". C’est dans le cadre de ces relations - de dialogue ou de conflits - de l’Eglise catholique avec le marxisme, qu’il faut situer la conférence donnée jeudi 5 avril à Paris par le Père Jean-Yves Calvez, jésuite, professeur à l’Institut des Sciences politiques de Paris et rédacteur en chef de la revue "Etudes".
A propos de la "connivence", le Père Calvez a reconnu que le souci des
chrétiens pour les pauvres - en langage marxiste, les "exploités" - rejoignait celui des communistes, et que, de ce fait, le marxisme pouvait avoir
exercé une certaine attraction sur des chrétiens. Certes, "certains y ont
perdu la foi", a-t-il constaté, mais en règle générale, "il ne faut pas
confondre une volonté de proximité parfois poussée très loin, avec une sorte de double jeu qu’auraient joué ces chrétiens, et que laisse sous-entendre le mot connivence".
L’oubli du cardinal Gantin
Quant à la "prophétie" concernant la fin prochaine des théologies de la
libération en Amérique latine, le Père Calvez a rappelé que, si les théologiens de la libération ont adopté certains concepts marxistes, on ne peut
cependant les identifier aux marxismes: "ils relèvent d’une interprétation
biblique et d’une méthodologie théologique. Il s’agit, pour ces théologiens, de faire de la théologie à partir de l’action. La pensée théologique, disent-ils, est fade si elle se constitue en vase clos. C’est largement vrai!"
Il est certain, a ajouté l’orateur, que l’on peut avoir une certaine inquiétude pour l’avenir des théologies de la libération. "Mais le cardinal
Gantin semble oublier que ce type de théologie a été encouragé par Jean
Paul II. C’est le cardinal Gantin lui-même qui a porté aux évêques brésiliens une lettre du pape sur la théologie de la libération. Dans cette lettre, tout en reprenant à son compte certaines réserves émises par la Congrégation pour la doctrine de la foi, Jean Paul II affirme que la théologie
de la libération est très valable et opportune parce qu’elle a des racines
évangéliques. Il emploie les termes ’opportune’, ’souhaitable’ et même ’nécessaire’. il n’a jamais dit le contraire depuis. Il est donc gênant, souligne le Père Calvez, de voir le cardinal Gantin dire que cette théologie
est dépassée". (apic/mjh/pr)