"La dimension spirituelle fait partie de notre entreprise"
Paris, 21novembre(APIC) Réunis en colloque à la Maison des Polytechniciens à Paris, 150 membres français de l’Association des journalistes et
informateurs religieux, ont réfléchi sur le "fait religieux" et sa diffusion médiatique. Les groupes de travail se sont penchés sur la place de
l’information religieuse dans les médias, sur les problèmes de formation,
les rapports entre hiérarchie religieuse et journalistes et les interventions des Eglises dans le libre-jeu de l’information.
Les journalistes sont tombés d’accord pour constater un nouveau phénomène d’éclatement de la rubrique de l’information religieuse vers les champs
éthique, social, économique ou politique.
Danièle Hervieu-Léger, directrice de recherche au CNRS (Centre national
de recherche scientifique), a introduit le débat en posant la question:
"Qu’entendons-nous par le fait religieux?". Elle propose, au moment où le
sport et la politique empruntent volontiers le vocabulaire religieux comme
"conclave" ou "grand’messe du sport", de s’interroger sur la "spécificité
religieuse d’un événement".
La directrice de recherche relève que le domaine du sport, par exemple,
touche à des manifestations "instantanées, momentanées, dont il ne reste
rien et qui ne sont pas porteuses de sens à long terme", le champ religieux, en revanche, touche au "sacré", et fait référence "à la lignée des
témoins qui ont cru à une tradition à laquelle on se réfère et qui lui donne sens".
Au cours d’une table ronde, Monique Pelletier, ancien ministre de la famille, a rappelé: "Nous sommes d’abord au service d’une communauté civile.
S’il est normal que l’Eglise ait une grande exigence dans les questions
éthiques, elle n’a pas à faire du lobbying au niveau des médias".
Ce qui peut intéresser dans le fait religieux
Anne Sinclair, journaliste à TF1, s’est montrée perplexe: "Les médias de
grande diffusion ne sont pas intéressés par le fait religieux, en dehors
des heures concédées pour cela. Les journalistes n’y connaissent rien, et
la communication entre Eglises et journalistes passe mal. Le fait religieux
intéresse quand il a des répercussions sur la société: les intégrismes, le
film de Scorsese..." Et la journaliste d’ajouter: "J’invite le cardinal
Lustiger à "Sept sur Sept" quand il a un message de société en général,
sans ça, je ne l’invite pas". Dans le même ordre d’idées, Anne Sinclair relève que "tout le para-religieux fait l’affaire des médias, quand cela touche à la vie ou à la mort, à l’argent ou au sexe".
Pour Michel Souchon (A2-FR3), spécialiste de l’audimat, l’attente des
téléspectateurs est sous-estimée. Tout ce qui est secret intéresse. La télévision fait mieux passer l’expérience que le discours institutionnel. Elle ne doit pas clore le débat mais le relancer".
Jacques Rigaud, président de RTL, a justifié la tradition de présence
chrétienne dans sa radio: "Nous sommes toujours dans une culture chrétienne, même pour les milieux laïcs. La dimension spirituelle fait partie de
notre entreprise. Le journaliste doit toujours traiter évêques et prêtres
comme d’autres invités: à eux de manifester leur différence. Les responsables d’Eglise doivent avoir des choses à dire".
Un certain malaise
Le fait religieux est un fait comme les autres, a observé de son côté
Robert Solé, du journal "Le Monde". Pour qu’il soit en première page, il
faut qu’il soit neuf, important, porteur d’avenir et qu’il intéresse les
lecteurs. "Le Monde" est un journal laïc, précise-t-il: "Nous mettons une
distance entre l’information religieuse et nous, mais nous la respectons.
Nous sommes intéressés par les prises de position des Eglises, mais pas par
les prises de position internes".
Les échanges qui ont suivis ont mis en évidence un certain malaise: ceux
qui sont demandeurs, les chargés de la communication de l’Eglise, les porte-parole des évêques ou de mouvements, ne comprennent pas le traitement
réservé à leur information.
Jean Ofredo, rédacteur en chef à TF1 leur répond en ces termes: "Ne serions-nous que les metteurs en page de l’information religieuse reçue? Que
devrions-nous faire alors des dossiers politiques et des grandes entreprises?". Et Anne Sinclair de conclure, "la TV est d’abord un média d’émotion,
d’impression à laisser, avant de faire passer des idées...". (apic/cip/ap)