Paris, 29novembre(APIC) Trois événements récents, survenus en France projection du film de Martin Scorsese "La dernière tentation du Christ",
affaire de la pilule arbortive RU 486, campagne pour l’utilisation des
préservatifs comme moyen de lutter contre le sida - avaient entraîné des
réactions vigoureuses de la part des évêques. La question pouvait alors se
poser de savoir comment ces prises de position étaient reçues par l’opinion
publique française. Un sondage réalisé par l’Institut C.S.A. et publié par
le quotidien "Libération" de ce lundi 28 novembre apportent une réponse
sans équivoque : "L’Eglise perd de son audience".
Trois questions étaient posées à un public de pratiquants et non-pratiquants confondus : "Trouvez-vous que l’Eglise reste dans son rôle ou bien
qu’elle va trop loin quand, premièrement, elle condamne l’usage des préservatifs; deuxièmement, elle s’oppose à la pilule abortive; troisièmement,
elle condamne un film comme ’La dernière tentation du Christ’?" Les résultats sont éloquents. A la première question (les préservatifs), 74% des
personnes interrogées trouvent que l’Eglise va trop loin, contre 17% qui
estiment que l’Eglise reste dans son rôle, et 9% qui ne se prononcent pas.
En ce qui concerne la pilule abortive, ces pourcentages sont respectivement
de 71%, 18% et 11%. Quant à la question sur le film, on obtient 63%, 19% et
18%.
Plus intéressantes encore sont les réponses des catholiques pratiquants:
51% trouvent que l’Eglise va trop loin quand elle condamne l’usage des
préservatifs, contre 41% qui sont favorables à cette condamnation; pour la
pilule abortive, 46% pensent qu’elle va trop loin, contre 43%; et pour le
film, 42% regrettent la position des évêques, contre 41%.
Un sondage publié par "Le Monde" en septembre 1986 sur l’Eglise et la
morale familiale et sexuelle révélait alors que 24% des catholiques
pratiquants réguliers s’affirmaient en désaccord avec le pape sur cette
question. On le voit : ces pourcentages de catholiques pratiquants en
désaccord avec des positions officielles de l’Eglise ont considérablement
augmentés. A tel point qu’on peut aujourd’hui se risquer à dire que, du
côté des catholiques pratiquants, quand l’Eglise parle, "on en prend, on en
laisse".
A propos de ce sondage, le Père Jean-Michel di Falco, porte-parole de
l’épiscopat français, constate que l’opinion publique est prête à entendre
le discours de l’Eglise quand il s’agit des droits de l’homme, de la justice ou du racisme, alors que, "quand elle intervient dans des domaines considérés comme privés, les réactions sont négatives". Quand à la multiplication des prises de position épiscopales ces derniers temps, le Père di Falco constate que "ce ne sont pas les évêques qui ont pris l’initiative des
événements!" (apic/mjh/bd)