France: les commuautés maghrébines et musulmanes pas rassurées (270191)
Paris, 27janvier(APIC) Le racisme et la xénophobie déjà terriblement présents dans la société occidentale risquent fort de trouver dans les événements du Golfe une dangereuse caisse de résonnance. La guerre pourrait bien
à long terme ne faire que des perdants. Et élargir davantage encore le fossé qui sépare le monde occidental du monde musulman, le Nord avec le Sud.
En France, depuis le début de la crise du Golfe, la communauté maghrébine
redoute une montée du racisme et de la xénophobie. Une crainte qui a encore
grandi depuis le début de la guerre. Une peur et une insécurité encore renforcées après l’attentat commis ce week-end contre la "Maison de l’étranger" à Marseille.
Sur les 4,4 millions d’étrangers qui vivent en France (8% de la population totale), la communauté maghrébine est la plus importante avec ses
725’000 Algériens, 560’000 Marocains et 250’000 Tunisiens. Une population
massivement concentrée dans les grandes régions industrielles, notamment en
Ile-de-France, à Marseille et Lyon.
Si les Français se défendent d’être racistes, à l’instar des Suisses ou
des Allemands, par exemple - "Je ne suis pas raciste, mais...", - leurs réactions à l’égard des "basanés" sont fréquement marquées par la xénophobie.
Et le Front national de Jean-Marie le Pen, qui s’est - paradoxe - prononcé,
avec le Parti communiste et les Verts du reste, contre une participation
française à cette guerre, n’hésite pas à rendre les immigrés responsables
de tous les problèmes de la société: chômage, insécurité... Dans ce contexte, la crise du Golfe aggrave les risques de manifestations racistes.
Face à ce danger, de nombreuses associations, des responsables politiques et religieux ou des représentants des différentes communautés se mobilisent, et les appels à la paix et à la fraternité se multiplient actuellement en France. "Les Arabes risquent de rencontrer le même racisme que celui qu’ont connu les Juifs pendant la guerre: il faut tout faire pour empêcher ça", déclarait récemment un jeune juif au micro de France-Inter, appelant juifs et musulmans au dialogue et à une meilleure connaissance mutuelle.
Respecter l’autre dans sa différence
C’est aussi le sens de l’appel lancé le 22 janvier par les responsables
des trois grandes familles religieuses en France: le grand rabbin de France
Joseph Sitruk, Tedjini Haddam, recteur de la grande mosquée de Paris, Mgr
Jeremie, président du Comité interépiscopal orthodoxe, le pasteur Jacques
Stewart, président de la Fédération protestante de France, Mgr Joseph Duval, président de la Conférence des évêques de France. Invitant les membres
des diverses communautés à prier pour la paix et à respecter "l’autre dans
sa différence", ces responsables ont indiqué qu’ils ont "convenu d’un commun accord de garder le contact et de réfléchir ensemble à de possibles actions pour promouvoir la fraternité et la paix".
"Les musulmans de France ne sont pas responsables de la guerre", affirme
de son côté la Commission épiscopale des migrations dans un texte signé par
Mgr Pierre Joatton, qui constate "un accroissement des réactions xénophobes, individuelles et collectives..., une exaspération des sentiments d’appartenance culturelle et ethnique... , une peur qui gagne aussi bien les
immigrés que les Français..."
Du côté musulman, si on n’approuve pas l’invasion du Koweït, on pense
pourtant que "ce pourrait être l’occasion de trouver une solution à l’ensemble des problèmes du Proche et du Moyen-Orient". Quant à ceux qui pensent que "Saddam est un salaud qui a envahi un pays frère", tout en condamnant l’impudente richesse des émirs du Koweït, ils font preuve de la même
sévérité à l’égard de George Bush en estimant que "rien ne justifie l’intervention des Etats-Unis et que cette guerre est une opération destinée à
défendre les intérêts occidentaux".
"SOS Racisme" au bord de l’éclatement
Les deux associations qui regroupent majoritairement des jeunes issus de
l’immigration - SOS Racisme et France Plus - sont, elles, divisées sur
l’attitude à adopter face au conflit et à l’engagement français: au bord de
l’éclatement, SOS Racisme se place du côté des pacifiques et n’hésite pas à
participer aux manifestations contre la guerre, aux côtés du Parti communiste, tandis que France Plus soutient la politique gouvernementale.
Sur les deux radios maghrébines en France - Radio France Maghreb et Radio Soleil - de nombreux auditeurs expriment leurs craintes: crainte de
voir tous les musulmans de France assimilés à Saddam Hussein, crainte des
violences racistes... mais crainte aussi que la guerre ne serve de prétexte
pour multiplier les expulsions d’immigrés. (apic/mjh/pr)