France: le Vatican s’oppose à la nomination (231192)
"Une décision arbitraire du Vatican", affirme le Père Berten,
supérieur des Dominicains de Belgique-Sud
Paris, 23novembre(APIC) C’est le journal "Le Monde", alerté par les universitaires français chargés d’histoire religieuse, qui a vendu la mèche:
Le Vatican s’est opposé à la nomination d’un religieux dominicain et historien belge, Philippe Denis, à la Faculté catholique de Strasbourg. Pour le
quotidien français, cette décision, non motivée, "pose la question des règles de fonctionnement d’un établissement qui, dans un département concordataire, relève du droit universitaire, mais est lié au Saint-Siège par une
convention spécifique locale".
C’est la Congrégation romaine des séminaires et universités qui a refusé
d’accorder le "nihil obstat", ultime formalité avant une nomination qui
semblait acquise, le nom de Philippe Denis venant en tête de la liste établie par un jury de spécialistes. L’intéressé a été informé du refus romain
début juillet, par les soins de Mgr Charles Brand, archevêque de Strasbourg
et chancelier de la Faculté catholique. Lequel précisait que "le dicastère
romain compétent ne revient pas sur ses décisions". Mgr Brand invitait
l’historien belge à se taire et, pour ne pas éveiller de soupçons, à retirer sa candidature "pour des raisons personnelles".
Contrôle romain renforcé
Les motifs probables du refus romain avancés par "Le Monde" sont confirmés à la communauté dominicaine de la Ferme de Froidmont. Selon "Le Monde",
Rome aurait été indisposé par l’engagement de Philippe Denis contre
l’apartheid et par sa collaboration au quotidien "Le Soir" (Bruxelles) et
plus vraisemblablement par ses dossiers sur le mouvement "Communion et Libération" (en 1984 dans la revue "Esprit"), sur l’"Opus Dei" (dans un dossier publié par le Conseil de la Jeunesse Catholique de Belgique) et surtout sur la formation des séminaristes du diocèse de Paris, dans une contribution au livre "Le rêve de Compostelle", ouvrage collectif paru en 1989
sous la direction de René Lumeau, qui analyse les projets de restauration
d’une Europe chrétienne.
Philippe Denis s’est contenté de prendre acte de la décision romaine:
Mais il n’a pas l’intention de déposer un recours devant le tribunal administratif, ce qui explique l’émotion de ses confrères historiens. Quant à
ses confrères dominicains, ils sont intervenus auprès de Mgr Brand et du
cardinal Godfried Danneels, en vain, affirme "Le Monde", qui voit là le témoignage "à la fois du souci de contrôle renforcé de la part du Saint-Siège
sur les universités catholiques, autant que les bizarreries du droit conventionnel local, qui permet l’intervention de Rome dans une procédure de
nomination relevant du droit universitaire français".
"Une décision arbitraire"
Interrogé par "le Soir", le Père Ignace Berten, supérieur des dominicains de Belgique-Sud et responsable de la communauté de Froidmont , dénonce "une décision arbitraire" du Vatican. "Il est quand même inconcevable
aujourd’hui, dit-il, qu’on puisse ne pas octroyer un "nihil obstat" sans la
moindre justification de cette décision. Tout simplement parce que ça ne
plairait pas à une certaine hiérarchie..."
Le Père Berten qui salue en Philippe Denis "un historien rigoureux,
ajoute: "La vérité est dans le fait que certains milieux n’apprécient pas
du tout ses interventions sur les réalités contemporaines de l’Eglise. Certes, il a toujours jeté un regard critique sur cette dernière, mais toujours avec beaucoup de rigueur et de modération dans ses analyses".
Et si la mesure visait, au delà de l’historien, ses confrères de l’Ordre
dominicain? Dans son interview au "Soir" , Ignace Berten pense effectivement que "Le rêve de Compostelle", rédigé à l’initiative d’une équipe de
dominicains français et belges, et auquel il a lui-même collaboré "n’a pas
plu à tout le monde. Mais selon moi, ajoute-t-il, il s’agit plutôt d’une
politique qui vise tous ceux qui veulent s’exprimer plus largement dans
l’Eglise et y créer des espaces de liberté.
A Fribourg aussi...
"Cela dit, il est un fait que l’on vient de refuser aussi une chaire à
l’Université de Fribourg en Suisse à la théologienne dominicaine Teresa
Berger, auteur d’une thèse sur la liturgie et l’âme de la femme. Reconnue
sur un plan plus oecuménique à Durham (Etats-Unis)) ainsi qu’à Heidelberg
et à Münster en Allemagne, elle est ignorée par une fraction de l’Eglise...", ajoute le Père Berten.
"Le Soir", lui demandant s’il compte réagir, même s’il semble que le dicastère romain ne revient pas sur ses décisions, le Père Berten déclare:
"On peut envisager, effectivement, certaines suites publiques. Pourquoi,
par exemple, ne verrait-on pas tous les historiens s’exprimer ensemble à
propos d’une question qu’ils maîtrisent, évidemment, mieux que d’autres? Ce
serait l’occasion de lancer un intéressant débat."
Né à Liège, Philippe Denis, 40 ans, est membre (non prêtre) de l’Ordre
des Frères Prêcheurs. Docteur en histoire de l’Université de Liège, avec
une thèse sur "Les Eglises d’étrangers en pays rhénans au seizième siècle",
il a été historien de la JOC belge et informateur religieux au journal "Le
Soir" d’octobre 1985 à mai 1989. Appelé en Afrique du Sud par le théologien
Albert Nolan (militant de la lutte anti-apartheid, ce dernier fut nommé supérieur général des Dominicains, mais refusa pour pouvoir continuer son
combat), il enseigne l’histoire de l’Eglise dans un centre de jeunes dominicains (blancs et noirs) de la province de Natal. (apic/cip/ba)