France: le bouleversement économique et social atteint les cloîtres(250489)
Paris, 25avril(APIC) L’artisanat monastique fait peu à peu son chemin en
France. Dans cinq villes déjà (Paris, Lille, Lyon, Marseille et Rennes),
des boutiques vendent des objets marqués du label "artisanat monastique".
Un travail comme un autre qui assure aux moniales une subsistance convenable. Une manière aussi de se rendre plus aptes à différents travaux selon
les exigences de notre temps, ainsi que le révèle le bulletin "Paris Notre
Dame". Derrière les murs des cloîtres, aujourd’hui, une véritable création
se déploie.
Autrefois, dots et revenus constituaient 85% des recettes des monastères. Désormais, le bouleversement économique et social atteint aussi
les cloîtres. Evêques et prêtres, provinciaux d’Ordre en France viennent
d’ailleurs de se rendre compte que des contemplatives vivent dans la
misère, certaines mourant littéralement de faim, relève "Paris Notre Dame".
Les moniales ne sont plus des assistées. Elles intègrent le travail comme la forme la plus courante de l’ascèse. La prière demeure primordiale et
le travail lui est subordonné. Les heures de travail, 4 à 5 fois par jour,
sont souvent entrecoupées par les offices. Quant au travail artisanal, il
est exécuté à partir d’éléments naturels: terre, cuir, métal, soie, cire,
plantes et laines qui vont devenir, sous des doigts d’artistes, des objets
utiles et beaux.
Une exposition permanente
Au 68 bis de l’avenue Denfert Rochereau, à Paris, sur une porte cochère,
une plaque de cuivre sur laquelle on peut lire: "Artisanat monastique". Aucune vitrine toutefois. L’aspect caché de la vie monastique est respecté.
Dans les locaux prêtés par la Visitation, la porte est ouverte, l’après-midi, aux passants d’un instant, aux habitués. Une clientèle très diverse en
réalité. Pour accueillir ce monde, ou pour passer commandes aux monastères,
recevoir les livraisons et assurer les tâches administratives, une équipe
d’une cinquantaine de bénévoles est à pied d’oeuvre, par roulement.
Six pièces au rez-de-chaussée et des caves aménagées abritent les travaux des moniales. Une exposition permanente ou se marient harmonieusement
les couleurs et les formes: bleus et verts, camaïeux et ors, porcelaines et
faïences à côté de lampes faites entièrement à la main par un carmel avec
des abat-jour de bouquets séchés ou des soies peintes. Les gourmets s’arrêtent au coin des confiseries, sans oublier la célèbre liqueur de Chartreuse
(seule réalisation masculine).
Les laïcs à la rescousse
Sur 400 monastères recensés en France, 140, plus isolés, plus pauvres,
comptent sur l’Association pour écouler leurs produits. Quelques ermites
aussi, dépendantes d’un monastère et de l’évêque, ont le statut juridique
d’artisanes et sont aidées de cette manière. Derrière la clôture, les moniales ne sont guère au courant de la mode. Des conseillères leur apportent
suggestions, choix de tissus, idées de modèles. Cette impulsion est
précieuse pour rester compétitives et à la hauteur d’une clientèle exigeante. Libre cours est laissé par ailleurs à la création et à l’inspiration.
Pour que le travail des monastères soit rémunérateur, il faut un équipement convenable. Qualité et rentabilité sont suivies par l’Association qui
répond aux demandes des communautés en matériel, en conseils pour l’investissement. Les monastères paient impôts et cotisations comme les laïcs; il
faut calculer la juste rémunération de ce travail qui doit permettre à la
communauté de se nourrir, se vêtir, se chauffer, entretenir souvent de
grands bâtiments. Renouveler une vieille machine à coudre, acheter un four
plus grand pour cuire les céramiques permettront de gagner du temps...
Gagner du temps? Cette locution courante a une résonnance autre dans la
vie monastique. On y travaille pour vivre, mais non pour un bénéfice. Le
temps est donné par Dieu, et gagner du temps pour la prière, l’accueil de
l’hôte, la vie communautaire, c’est ne pas gaspiller ce don. La joie d’un
travail bien fait, aussi humble soit-il, est ciment d’amour entre les hommes qui attendent, sans toujours bien les connaître, que les monastères
soient des phares dans la tempête.
De bouche à oreille, d’un joli foulard à une robe de cortège, par une
carte glissée dans un achat, le label "artisanat monastique" circule pour
attester une fraternelle collaboration entre les laïcs et les moniales.
(apic/me/pr)