France : la mission en monde ouvrier en question (020390)
Paris, 2mars(APIC/CIP) Le mur de Berlin disparaît. D’autres se fissurent,
ça bouge à l’Est; autant de lames de fonds dont la classe ouvrière française, frappée de plein fouet par la"crise" et l’apparition d’une société à
plusieurs vitesses, commence à tirer la leçon. Comment, dans un tel contexte, ne pas "ré-interroger" la mission en monde ouvrier ? C’est ce que propose aujourd’hui la mission ouvrière de France, à laquelle participent
l’action catholique de l’enfance, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOCJOCF), l’Action Catholique Ouvrière (ACO), les prêtres ouvriers, les prêtres délégués régionaux, les religieuses et le comité épiscopal, dans un
document qu’elle a intitulé : "une tradition missionnaire interrogée par
les événements"
Comme le rappelle le document, la tradition missionnaire de la mission
ouvrière s’est constituée peu à peu dans le sillage de la JOC : "coude-àcoude, solidarité, engagement pour une transformation du monde. Avec un
parti pris : faire route avec tous, sans exclusive : travailleurs, retraités, jeunes, enfants pour que tous puissent avoir accès, s’ils le veulent,
à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et à un espace d’Eglise où ils se sentent chez eux". Cette tradition missionnaire, qui s’est trouvée en consonance avec Vatican II et la réflexion des évêques de France, s’est enracinée dans les différentes composantes du mouvement ouvrier, "y compris celles à référence marxiste".
Une route marquée de luttes pour la justice et qui n’était pas sans risques. Des risques "pris à la suite de Jésus-Christ", affirme la mission
ouvrière, qui précise: "une pratique nouvelle et exigeante a été voulue :
vivre l’expérience de la foi entre personnes aux choix syndicaux et politiques différents. Cela a aidé à ne pas confondre foi chrétienne et idéologie. Ce dialogue dans la foi est difficile à vivre, il suppose estime réciproque, conversion évangélique, sens de l’Eglise. Même s’il ne recouvre pas
tout le champ du possible, ce défi de la foi est à la hauteur du risque
missionnaire."
Des questions nouvelles
Le document de la mission ouvrière entend "ré-interroger" cette tradition missionnaire à la lumière des nouvelles questions que suscitent les
événements, particulièrement ces cinq dernières années.
Première interrogation: "des systèmes de référence s’écroulent à l’Est,
l’Europe qui se construit à l’Ouest fabrique de nouveaux exclus. Auronsnous à proposer aux peuples qui se tournent vers nous le seul modèle de nos
sociétés occidentales ?" Auquel cas "ils apprendront bientôt de quel prix
nous payons notre prospérité".
Dans la foulée, une autre question : entend-on la voix des hommes de
l’hémisphère sud ? Ou, comme le demandait récemment Jean-Paul II à N’Djamena : "les sociétés développées n’ont-elles pas à s’interroger sur le modèle
qu’elles présentent au reste du monde, sur les besoins qu’elles ont créés,
sur la nature et aussi la provenance des richesses qui leur sont devenues
nécessaires ?" D’où encore : "dans nos différentes idéologies, n’a-t-on pas
privilégié l’économie ?" Car ce qui se passe aujourd’hui fait apparaître,
affirme la mission ouvrière, "un certain nombre d’éléments vitaux sousestimés au risque de mutiler les hommes : démocratie, libertés, information, responsabilité personnelle, éthique, cultures, nationalités, religions..."
Des exigences nouvelles
D’autres questions peuvent être posées. Si "elles n’invalident pas pour
autant tout ce qui s’est vécu hier", affirme la mission ouvrière, elles invitent "à ce à quoi nous tenons". De nouvelles exigences apparaissent.
A quoi tient la mission ouvrière ? le document réaffirme deux convictions premières: "notre foi en Jésus-Christ, c’est toujours là où "se font"
les hommes que nous voulons la vivre: dans l’engagement pour transformer le
monde en fonction des exclus de notre système... L’annonce de l’Evangile,
c’est toujours dans le coude-à-coude et le dialogue avec tous que nous voulons la vivre, dans l’estime et l’accueil de chacun quel qu’il soit et pour
lui-même , ce qui exige le débat. Nous croyons que Dieu n’est pas absent du
monde et de la vie des hommes. Nous recevons des autres un sens qui est
aussi celui des Béatitudes. Nous les croyons capables d’apporter quelque
chose à l’aventure humaine, nous les croyons aussi capables d’être Bonne
Nouvelle pour d’autres.
Reste, conclut le document, à chercher "les nouveaux chemins et les nouveaux acteurs de l’annonce de la Bonne Nouvelle à ceux que l’ont exclut et
à ceux qui n’ont pas de passé chrétien".(apic/cip/ak)