cause des remous au sein de l’Action catholique ouvrière
Rencontre entre le cardinal et l’ACO
Paris, 20février(APIC) Au lendemain d’une interview qui a vivement ému
les milieux de la pastorale du monde ouvrier, le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon et président de la Conférence épiscopale française, a accepté de rencontrer, à la demande du Conseil national de l’Action
catholique ouvrière (ACO), six de ses membres et deux aumôniers. Pour dissiper le malaise, il rend compte aujourd’hui de cette démarche dans une
lettre à tous les évêques de France.
Que disait notamment le cardinal Decourtray dans cette interview, publiée le 5 janvier par "Le Figaro"? "Le reproche que l’on peut faire aux
pasteurs qui se situaient dans une perspective essentiellement missionnaire, c’est qu’ils n’ont pas été suffisamment sensibles à certains dangers
(du matérialisme dialectique). Dans un souci de maintenir la communion avec
les plus engagés, on s’est laissé entraîner à une certaine connivence".
Lors de la rencontre, qui s’est déroulée le 13 février, les interlocuteurs du cardinal Decourtray lui ont fait part, "avec vigueur et sérieux",
de la souffrance causée par l’interview, indique dans sa lettre le cardinal. "Ce qui leur pose question, poursuit-il, c’est que le président de la
Conférence épiscopale semble donner à un journal connu pour son conservatisme un moyen de poursuivre son dénigrement de la démarche missionnaire de
l’Eglise en monde ouvrier. Cette interview est ressentie comme une condamnation des militants qui proposent à leurs camarades de travail et de quartier une recherche du Dieu de Jésus-Christ, dans le respect de leurs choix
idéologiques. Leurs blessures sont d’autant plus fortes que le militantisme
est aujourd’hui volontiers suspecté et socialement considéré comme dépassé".
Comment rendre la communication positive
Le cardinal Decourtray a reconnu son erreur, qui a été "de parler de ces
questions en ce moment et d’avoir été trop rapide pour être compris et
constructif" - d’autant qu’il n’a pas vérifié le contenu de l’interview
improvisée avant sa publication. Le débat avec les interlocuteurs de l’ACO
a porté essentiellement sur des questions de forme, les questions de fond
ayant été à peine abordées. "Nous nous sommes efforcés, écrit le cardinal,
de préciser comment réparer les effets de mon intervention. Et de quelle
manière encourager et confirmer la démarche missionnaire de l’Eglise en
monde ouvrier".
Le président de la Conférence épiscopale des évêques de France fait ici
quelques observations: l’utilisation sans nuances de l’expression "intrinsèquement pervers" n’est sans doute pas heureuse: "il faudrait prendre en
compte la complexité des marxismes, en distinguant leur philosophie et les
outils d’analyse qui sont ainsi proposés"; l’interview s’inscrit dans un
contexte (par exemple l’absence des évêques au Panthéon lors des transferts
des cendres de l’abbé Grégoire) qui donne à penser que l’Eglise renierait
son ouverture au monde; de nombreux militants ouvriers ont redécouvert la
foi au Christ et le sens de l’Eglise "grâce à la confiance manifestée par
les pasteurs dans les années 70".
Le cardinal pose aussi des questions. A propos du problème de la
communication dans l’Eglise: Comment rendre celle-ci positive, "alors
qu’elle paraît sans cesse être enfermée dans des condamnations, des
restrictions, des négations?"; puis au sujet de la démarche missionnaire de
l’Eglise: Comment rechercher de nouveaux chemins d’évangélisation en monde
ouvrier compte tenu de l’évolution de la société française, des pays de
l’Est et du monde entier? "N’y aurait-il pas un débat à réinstaurer dans
l’Eglise comme ce fut le cas au moment du programme commun, avec la
déclaration aux chrétiens ayant pris l’option socialiste (1972), ou les
textes sur "Foi et marxisme" (1977), ou lors des orientations missionnaires
(1983)?" Des questions qui ne peuvent être abordées sérieusement dans une
brève interview, observe le cardinal.
A propos de l’encouragement qu’attendent ceux qui sont engagés dans une
pastorale missionnaire, le cardinal relève en interrogeant: "Comment conforter les militants chrétiens dans le dialogue avec ceux qui ne partagent
par leur foi? Ils ont besoin non d’un démenti de l’interview mais d’un signe de communion véritable avec les évêques".
Avant de dire son espoir "que cet incident ne laissera pas trop de traces négatives", le cardinal fait part aux évêques des décisions prises "ensemble" à l’issue de cette rencontre: l’envoi à chacun d’entre eux d’une
information rapide sur la réunion et la publication d’une déclaration de la
Commission épiscopale du monde ouvrier, dans des conditions à préciser. A
plus long terme, suggère enfin le cardinal Decourtray, il sera judicieux
d’envisager une réflexion sur les questions qui sont en cause. (apic/cippr)