"L’Eglise est sous-équipée"
Paris, 6novembre(APIC) Les Français vont découvrir dans leurs quotidiens
une publicité peu ordinaire : un "Appel des évêques et des prêtres de France". Une campagne nationale confiée au publiciste Dominique Parisot et organisée par le comité financier de l’épiscopat français en faveur du
"Denier de l’Eglise".
"Cette campagne est une grande première, affirme Dominique Parisot : si
cela fait longtemps que des associations catholiques font de la publicité,
l’Eglise elle-même ne s’y était encore jamais lancée". Elle a dû s’y
résoudre, car derrière un patrimoine parfois somptueux se cache une grande
pauvreté de moyens. En France, en effet, contrairement à ce qui se passe
dans la plupart des pays voisins, l’Eglise ne vit que des dons des fidèles.
Et ces dons, suite à la baisse de la pratique religieuse et au vieillissement des pratiquants, ne cessent de diminuer, tandis que les charges augmentent : il faut assurer aux prêtres une vie décente; la pastorale doit
faire de plus en plus appel à des permanents et faute de moyens l’Eglise ne
peut employer autant qu’il faudrait; l’Eglise de France, enfin, voit la
nécessité de développer sa présence dans les médias, notamment dans la
presse et les radios locales, ce qui coûte beaucoup.
Ces raisons ont décidé les évêques à lancer une vaste campagne de publicité : affiches murales, tracts, encarts dans 44 journaux et périodiques
nationaux. Les diocèses sont chargés de son organisation au plan régional.
Il s’agit, au moyen d’affiches représentant une famille réunie devant une
église de campagne à l’occasion d’un baptême, de toucher les baptésés
non-pratiquants (ils représentent la majorité en France) et de leur
proposer de participer par leurs dons à la vie de l’Eglise dans leur pays.
Une vision inexacte de la réalité
Cette campagne est lancée au moment où un sondage "Sofrès-La Croix
l’Evénement" publié jeudi 3 novembre par le quotidien catholique français
montre que deux Français sur trois (62%, contre 60% en 1982) croient
l’Eglise très (17%) ou assez (45%) riche; 24% la trouvent assez ou très
pauvre; 14% sont sans opinion. Pour un Français sur deux l’Eglise a des
moyens suffisants (48%); elle est bien jugée pour la gestion de ses finances (48%); les pratiquants préfèrent aider les prêtres plutôt que les
oeuvres, mais 44% ne sont pas prêts à aider l’Eglise; les versements au denier du culte deviennent moins réguliers (45% ne versent jamais); un Français sur deux est opposé à une aide financière de l’Etat.
Noel Copin, rédacteur en chef de "La Croix", commente : "...une majorité
de Français, se référant à des idées toutes faites ou se fiant aux apparences, se trompent sur la réalité. On pourrait retourner cette proposition et
dire que l’Eglise ne sait pas montrer son véritable visage. Comment pourrait-elle passer pour riche si l’on savait clairement que les prêtres français sont des sous-smicards ?"
La mission de l’Eglise remise en cause
Après avoir rappelé l’option préférentielle pour les pauvres et l’Eglise
"servante et pauvre" - un thème important du concile Vatican II - Noel Copin poursuit : "Et si la pauvreté de l’Eglise devient telle que le service
lui-même en souffre ? Etre présent au monde, cela n’implique-t-il pas que
l’on ait accès aux technologies utilisées par ce monde, que l’on soit capable, lorsque c’est nécessaire, d’un certain professionnalisme ? Le problème de l’Eglise de France n’est certainement pas sa trop grande richesse,
mais sa trop grande pauvreté : pauvreté des personnes, mais aussi pauvreté
de l’institution elle-même. Comparée à n’importe quel autre organisme d’une
importance similaire, l’Eglise de France est sous-équipée. Ce n’est pas
seulement le niveau de vie de ses prêtres qui est mis en cause, c’est sa
mission elle-même". (apic/cip/cor)