France: l’abbé Grégoire au Panthéon (141289)
Paris, 14décembre(APIC) La non-participation de la hiérarchie de l’Eglise
catholique de France en tant que telle à la cérémonie qui a marqué mardi
soir 12 décembre le dernier acte du bi-centenaire de la Révolution française par l’entrée au Panthéon des cendres de l’abbé Grégoire a été diversement appréciée. Elle a causé quelque émoi dans certains milieux catholiques
en France. Avec l’abbé Grégoire, deux autres grands hommes de cette époque
faisaient leur entrée au "Parlement fantôme des hommes libres": Gaspard
Monge, le savant, et Condorcet, l’humaniste.
Le cardinal Lustiger, qui par ailleurs avait la veille rendu hommage au
"courage chrétien" de l’abbé Grégoire, "resté fidèle au sacerdoce parfois
au péril de sa vie", a tenu à faire la distinction entre la prière de
l’Eglise et le "geste civil" que représente le transfert au Panthéon des
cendres de l’ancien évêque constitutionnel de Blois. L’archevêque de Paris
a relevé qu’il est essentiel de lui accorder la prière à laquelle il a
droit "en dépit des ruptures qu’il a pu avoir avec l’Eglise".
Grégoire, l’évêque républicain qui avait refusé de voter l’exécution du
roi Louis XVI, est mort en 1831 - il a été privé de sépulture religieuse désavoué par l’Eglise à laquelle jusqu’au bout il avait voulu demeurer fidèle. Une nouvelle fois, font remarquer certains fidèles critiques, "la
hiérarchie de l’Eglise de France a rejeté l’un des siens". Dans le banc réservé sur la Place du Panthéon aux personnalités de l’Eglise,le nonce apostolique, Mgr Lorenzo Antonetti, était seul pour écouter l’hommage rendu à
ces hommes par le ministre français de la culture, Jack Lang, en présence
du président Mitterrand.
Les fidèles déçus par l’absence des évêques à la cérémonie déclarent
constater une fois encore le "rejet" par la hiérarchie de l’Eglise catholique de celui qui avait écrit: "Alors la liberté, planant sur toute l’Europe, visitera ses domaines: cette partie du globe ne contiendra plus ni
forteresses, ni frontières, ni peuples étrangers". Etrange prophétie de ce
prêtre, défenseur des juifs et des noirs, pour qui, a rappelé le ministre,
"la noblesse de la peau est reléguée par la raison dans les archives de la
sottise".
Pour expliquer son refus de l’invitation à la cérémonie, Mgr Joseph Goupy, évêque de Blois (ville dont l’abbé Grégoire avait été l’évêque "élu par
le peuple") a relevé que sa présence au Panthéon était "inopportune" et que
l’évêque constitutionnel ne fait pas partie de la liste des évêques du diocèse, Rome n’ayant jamais donné son accord. Il a cependant reconnu que
l’abbé Grégoire était vraiment "un grand patriote doublé d’un homme courageux". Quant au cardinal Albert Decourtray, président de la Conférence des
évêques, il avait fait savoir qu’il s’abstiendrait, tout comme l’archevêque
de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger.
Les évêques étaient donc absents, sauf que dans la foule qui se pressait
aux abords du monument, on pouvait rencontrer Mgr Jacques Gaillot, évêque
d’Evreux. "Il était là à titre personnel et ne représentait pas l’épiscopat
français", tient à préciser le Père Jean-Michel di Falco, porte-parole de
l’épiscopat.
"Albert, Grégoire t’attend au Panthéon"
Ceux qui n’ont pas apprécié la décision des évêques se sont manifestés
de différentes manières : "Albert, Grégoire t’attend au Panthéon", ont
scandé des Lyonnais devant la résidence de leur archevêque, le cardinal Decourtray. "Salut, Grégoire!... la haine des évêques est cruelle!", a écrit
sur le minitel de l’Eglise de France un groupe de catholiques du sud-est du
pays. "Cette affaire nous replonge dans la séparation entre deux mondes. A
tout moment, nous sommes au bord de situations analogues", commentait pour
sa part André Mandouze, professeur d’histoire de l’Eglise à la Sorbonne...
L’abbé Grégoire, aujourd’hui, repose au Panthéon et sur sa tombe cette épitaphe: "O Dieu, faites-moi miséricorde et pardonnez à mes ennemis". (apicmjh/pr)