Forum et célébration pour le 30e anniversaire de "Pacem in Terris"
Paris, 26avril(APIC) "La paix repose sur quatre piliers: la vérité, la
solidarité, la liberté, la justice", écrivait la pape Jean XXIII, dans
l’encyclique "Pacem in Terris", en 1963. Pax Christi France a fêté le trentième anniversaire de l’encyclique à l’occasion de ses Journées nationales,
en organisant samedi à Paris, conjointement avec "La Croix", un forum consacré au thème de la paix: "Construire la paix aujourd’hui". Tout un thème.
Et un programme, si l’on songe que des conflits font rage de l’Afrique à
l’ex-Yougoslavies, mais aussi dans tant de régions du monde, 30 ans après
la parution de l’encyclique. Ce forum a été suivi, dimanche, par la réunion
de quelque 170 délégués régionaux du mouvement, qui ont débattu du document
"Projet 93: paroles et actions pour la paix. Des chrétiens s’expriment et
décident.
Plusieurs exposés figuraient au programme de la journée de samedi. Mgr
Joseph Rozier, évêque de Poitiers et président national de Pax Christi,
s’est penché sur l’encyclique. Les participants ont entendu entre autres
témoignages ceux du Père Milenko Anicic, vicaire épiscopal de Mgr Franjo
Komarica, évêque de Banja Luka, en Bosnie, et de Margarida Genevoix, de la
Commission Justice et Paix, ainsi que des témoignages d’artistes de pays en
guerre. Une table ronde animée par Noël Copin, directeur de la rédaction
et rédacteur en chef de "La Croix, a mis un terme à cette première journée.
Dans son exposé d’introduction, Mgr Rozier a fait état des trois
éléments indispensables à la paix: la référence aux droits de l’homme, le
rejet de l’équilibre de la terreur et le rôle des institutions internationales, Ils concourent à faire de la paix un "ensemble de relations positives entre les hommes et entre les communautés".
En écho à ces paroles, le Père Anicic a présenté le martyre de son peuple: violations des droits élémentaires de la personne humaine, terreur au
quotidien et faillite des institutions internationales. "Depuis juin 1992,
la région d’où je viens est ethniquement nettoyée par des bandes armées:
mitraillage, bombes, assassinats, expulsions - les Serbes occupent les maisons ainsi libérées -. Tous nos droits sont bafoués".
Pourtant, a-t-il poursuivi, dans ce pays dévasté, "l’Eglise reste la
seule force qui a les moyens matériels d’aider le peuple et le seul interlocuteur valable pour une négociation avec l’assaillant". En dépit de la
situation qui va s’aggravant, le Père Anicic espère encore "qu’avec l’aide
de la communauté internationale, on arrivera à des solutions raisonnables
et que les peuples de l’ex-Yougoslavie pourront un jour à nouveau vivre ensemble. Un espoir que ne partage pas le général Maurice Schmitt, gouverneur
des Invalides et ancien chef d’état-major des armées, présent samedi à Paris.
Remise en cause du droit d’ingérence humanitaire
Ghassan Salamé, directeur de recherches au CNRS, a pour sa part remis en
cause certaines formes d’ingérence humanitaire. Ce type d’ingérence présente de nombreuses ambiguítés. Au "Nord, la générosité va de pair avec la
montée des nationalismes qui ont eux pour but d’exclure le sud, alors qu’il
est le bénéficiaire de sa générosité". Le clivage entre le Nord et le Sud
est encore exacerbé par des ingérences humanitaires, a conclu l’orateur,
avant de décortiquer, à titre d’illustration, le "cas" de la Bosnie. Dans
ce pays, affirme-t-il, les Bosniaques tirent sur les Casques bleus pour impliquer l’Occident. Ghassan Salamé y voit une preuve que "l’humanitaire ne
saurait en aucun cas remplacer le politique".
Action de Pax Christi
En préparation au 30e anniversaire de "Pacem un Terris", Pax Christi a
préparé un dossier sur la paix afin de présenter "une sorte d’état des
lieux" à partir d’un questionnaire envoyé aux Mouvements apostoliques et de
spiritualité et à des groupes chrétiens. Les conclusions de ce travail ont
été présentées dimanche. On y retrouve cinq "harmoniques de la paix": dialogue, développement, droits de l’homme, désarmement, défense de la Création. Le service de la paix, devait déclarer pour conclure Mgr Rozier, exige une présence au monde et à l’histoire pour que la paix soit "un autre
nom de l’avenir". (apic/ecl/pr)