"La pauvreté est une horreur, l’espoir nous fait vivre"
Paris, 6novembre(APIC) "Crève, misère! Crève, l’exclusion! Crève, la
faim! Vive l’espoir, vive la paix, vive la justice". Parce qu’on ne met pas
un sparadrap sur un abcès, mais qu’on le crève... Parce qu’il faut creuser
l’abcès social de la misère qui "en fait voir de toutes les couleurs aux
enfants de toutes les couleurs"... Parce qu’il y aura bientôt 3 millions de
chômeurs en France, le Secours catholique français a haussé le ton mardi à
Paris, par la voix de son président, André Aumonier, en présentant la Journée nationale du Secours catholique qui se déroulera le 17 novembre sous le
thème "Crève, misère".
Les chiffres donnés par le secrétaire du Secours national, Denis Vienot,
sont révélateurs de l’ampleur du travail: son organisation peut compter sur
quelque 68’000 bénévoles et 130 caritas dans le monde. "Nous faisons aussi
bien des actions d’urgence - aide pour les loyers, factures d’électricité que des actions à long terme - éducation des enfants, éducation et statut
de la femme... -. Autres chiffres révélateurs: en 1990, le Secours catholique s’est occupé de 630’000 cas les plus divers, ce qui représente près de
2 millions de personnes.
Priorité aux exclus et ras-le-bol
La priorité à donner aux exclus est d’autant plus urgente que "la France
est en train de perdre peu à peu conscience de la misère", s’est écrié
Denis Vienot. Outre son rôle "d’éveilleur", le Secours catholique entend
s’occuper "des 20% qui ne réussiront jamais leur bac, de ceux pour qui tout
va mal, de ceux qui passent à travers les mailles du filet de l’aide sociale dans le RMI (Revenu minimum d’insertion".
"Crève, misère, c’est aussi dire ras-le-bol". Devant ces familles qui ne
peuvent assurer à leurs enfants le minimun nécessaire à la vie: nourriture,
maison, chauffage, électricité, Jean Berthelemy, de la délégation de Nancy,
s’insurge. Par ce cri, il a voulu exprimer la lassitude, le découragement,
voire la colère des bénévoles que "l’on prend trop souvent pour les pompiers de service". Le Secours catholique, a-t-il précisé, est fait pour
pallier aux situations que les services sociaux ne peuvent pas régler". Il
s’est ensuite fait l’écho de ceux et celles qu’il rencontre chaque jour à
Nancy, des gens qui illustrent bien la définition de la misère: "Etre pauvre, c’est ne pouvoir poser aucun choix".
Depuis 10 ans, on assiste à la montée de la pauvreté, a déclaré pour sa
part Jean-Pierre Bulteze, directeur de l’Action en France et en Europe. Face à cette situation, l’Etat introduisait en 1988 la loi sur le RMI. Mais
ce filet de protection sociale se révèle aujourd’hui inefficace pour nombre
de personnes et de familles. Il y a "les exclus de droit et les exclus de
fait", a-t-il expliqué. D’après les statistiques du Secours catholiques,
parmi les exclus du RMI, 7,9% sont des personnes sans ressource habitant
les centres urbains, 4,9% sont des personnes "de passage", 5,41 % sont sans
profession. Viennent ensuite des jeunes sans enfant, 3,7%.
Un problème politique
Dès 1976, le Secours catholique avait lancé un cri d’alarme. En dix ans,
entre 1980 et 1990, le nombre des situations de pauvreté est passé de
250’000 à 643’000. Depuis 1980, nombre de rapports ont été présentés aux
pouvoirs publics, dont 60 propositions contre la précarité et la pauvreté
remises en 1981 par Gabriel Ohoix à Raymond Barre. Sans parler du rapport
envoyé en 1987 au Conseil économique et social par le Père Joseph Wresinski. En vain ou presque. Assez pour dire qu’il s’agit d’un problème politique, s’est exclamé un des responsables du mouvement français.
Par cette journée du 17 novembre, le Secours catholique appelera les fidèles de toutes les paroisses de France à "réfléchir sur la façon de communiquer leur sens du partage". Pour cela, 10’000 affiches seront posées
partout dans le pays. Prélude à une action prévue pour la fin de l’année et
intitulée "10 millions d’étoiles", des veilleuses portant la mention "Secours catholique, déchaîne ton coeur" seront vendues dès le mois de décembre "afin que la nuit de Noël, la France soit illuminée". L’objectif étant
à travers cette première opération nationale la création d’un événement annuel de solidarité". "Crève, misère" entend dénoncer la pauvreté et la combattre car "la souffrance du pauvre est une insulte". (apic/ecl/pr)