Paris, 3mars(APIC) Sur le thème "La conscience chrétienne face au racisme", la Cimade organisera son prochain débat les 1er, 2 et 3 juin 1989 à
Marseille. Une sorte de prolongement à celui réalisé récemment à Marseille
également, débat au cours duquel le Père Cyrill Argenti, recteur de l’Eglise orthodoxe grecque, avait déclaré: "le racisme est un blasphème". Des
mots qui pourraient résumer la table ronde qui, à l’initiative de la Cimade, service oecuménique d’entraide, avait rassemblé autour de 6 théologiens
une centaine de personnes, et qui s’intitulait "Extrême droite et Evangile".
Mais dans la résistance au nazisme et à l’une de ses composantes les
plus odieuses, le racisme, la Cimade fête cette année son cinquantième anniversaire. Diverses manifestations marqueront l’événement tout au long de
l’année. Le premier renouait avec les racines de l’Association: à Marseille, lieu symbolique tant du racisme que de la rencontre des communautés, la
Cimade affirmait son engagement pour les droits de l’homme et son enracinement évangélique. Les théologiens invités à la table ronde venaient des
trois grandes confessions chrétiennes: le Père Jean Cardonel, dominicain,
et le Père Christian Delorme, pour l’Eglise catholique; le pasteur Jacques
Maury, ancien président de la Fédération protestante de France, et les pasteurs Alain Blancy, fort de son histoire dramatique de juif allemand, et
Jean-Pierre Cavalié, de la mission populaire évangélique, pour les Eglises
protestantes; enfin, le Père Cyrill Argenti, pour l’Eglise orthodoxe.
Lançant le débat, Jean-Pierre Cavalié proposa une analyse de la "théologie" du Front national: "il y a une multiplicité de races et de cultures de
par le monde... les races, dans leurs diversités, ont été créées par Dieu
et de ce fait, ont certainement leur raison d’être... Aussi, le respect de
la différence raciale est une preuve de foi en Dieu. Ceux qui veulent
réduire ces différences, les mondialistes et les égalitaristes, offensent
Dieu... et la nature". Et le pasteur de commenter son analyse: "Monsieur le
Pen emploie le mot "différent" dans le sens d’illégalité. Non seulement ce
n’est pas la signification du mot, mais il glisse d’une évidence qui est
logique à un choix politique".
Si le discours de le Pen trouve un échos dans la société, c’est, a remarqué le Père Jean Cardonel, "qu’il fait parler et que sa parole touche
ceux qui sont en face de lui!" Pour sa part, Alain Blancy, qui fut victime
des expériences racistes du national socialisme, a montré la continuité
historique de l’extrême droite. Quant au pasteur Jacques Maury, il a rappelé qu’en absolutisant les valeurs, fussent-elles chrétiennes, on aboutissait au fanatisme et à toutes les formes d’oppressions. Enfin, Christian
Delorme a proposé un parcours biblique, montrant que l’étranger était constamment au centre des préoccupations du Dieu de l’Ancien testament ou du
Jésus de l’Evangile.
Une rencontre passionnante, et dont les fruits seront abondants: les
textes des interventions seront publiés dans la revue mensuelle de la Cimade: "Cimade Information. (apic/mjh/pr)