elles disent "oui" pour la seconde fois
Paris, 28mars(APIC) Alors qu’il y a plus de 16.000 diacres permanents
dans le monde actuellement dont de très nombreux hommes mariés, "Paris
Notre Dame", l’hedomadaire de l’Eglise de Paris, s’est intéressé dans son
no 256 du 23 mars à deux des épouses des 36 diacres permanents mariés qui
vivent à Paris.
"Acceptez-vous les conséquences de l’ordination de votre mari ?" Samedi
11 mars, huit épouses se sont avancées derrière leur mari au pied de l’autel à Notre-Dame de Paris. Quand elles ont donné leur consentement, ils ont
gravi une marche. Le geste liturgique traduit le pas vers une situation
définitive et irréversible. Laïcs, ils deviennent clercs. Diacres permanents, ils ne seront jamais prêtres. Ministres ordonnés, plus aucune transformation de leur état de vie ne peut intervenir. Un diacre ne pourrait pas
se remarier si son épouse venait à mourir (Il est l’image de la fidélité du
Christ envers sont unique épouse : l’Eglise). Parmi les dix nouveaux diacres, deux sont célibataires; ils se sont engagés à le demeurer.
Paris compte aujourd’hui 42 diacres permaments dont cinq célibataires et
un veuf. Françoise Mathieu et Geneviève Rossignol, deux des 36 Parisiennes
femmes de diacre, lèvent un coin du voile sur une situation qui reste
mystérieuse et peut-être encore incompréhensible. Toutes deux mères de familles nombreuses (6 et 4 enfants), elles ont moins de dix ans de différence. Geneviève, 37 ans, la benjamine, de formation littéraire et philosophique, a choisi de ne pas travailler tandis que Françoise, architecte comme
son mari, a exercé ce métier pendant plus de dix ans auprès de lui. Ensemble, il sont été responsables du catéchisme, à l’école des enfants. Le
mari de Françoise a été ordonné en 1987, après 22 ans de mariage. Celui de
Geneviève, le 11 mars, après 15 ans de mariage.
Mariage et ordination
"On ne vit pas ce sacrement comme l’annulation de celui du mariage,
déclare d’emblée Françoise. L’Eglise prend le mari que nous lui donnons,
mais être diacre ce n’est pas une promotion dont l’épouse serait frustrée :
j’ai vécu la cérémonie d’ordination comme celle de notre mariage (on flotte
entre deux nuages...) Tout ne se fait pas en un jour".
Même réaction chez Geneviève : "Réfléchir ensemble sur le diaconat a
enrichi notre compréhension du mariage. Les deux sacrements éclairent le
mystère du Christ qui prend l’Eglise comme épouse".
Les épouses sont toujours associées à la réflexion sur le diaconat, pendant la préparation (3 à 5 ans) et après l’ordination. Et cependant elles
font remarquer que leur mari est tout à coup mis à part. La mission qu’il
reçoit n’est pas la leur. "Depuis son ordination, confie Françoise, je me
sens encore plus laïque. Je m’oblige même à plus de discrétion. Il serait
incongru que j’aille à la sacristie arranger son étole. Il faut beaucoup de
vigilance".
Il faut de l’humour aussi à l’épouse qui, lors de courses familiales
dans une grande surface, voit une brave paroissienne s’approcher de son
mari et esquisser une génuflexion. Lors de la naissance de Claire, leur
sixième enfant, Françoise s’entend dire : "Comment, vous avez eu un enfant
d’une homme d’Eglise!" Des anecdotes qui montrent que notre société ne sait
pas encore bien ce qu’est le diaconat permanent.
Le devoir de réussir
Le saut vers l’inconnu suppose aussi une bonne dose de confiance envers
l’Eglise. Olivier et Geneviève Rossignol en ont, même lorsqu’ils envisagent
les risques de surchage dans leur emploi du temps.
"L’Eglise, selon les intuitions du Concile, essaie de remettre
progressivement en place, en Occident, le diaconat. Elle va tout faire pour
que cela réussisse. Elle ne va pas donner à mon mari une mission qui
pourrait casser sa vie familiale (quatre enfants de 7 à 14 ans) ou
professionnelle (cadre supérieur dans l’informatique)".
Pionnières, elles sont dans une position délicate. Exposées quelques
fois à des commentaires qu’elles récusent ("geste héroïque, abnégation"),
elles retiennent d’abord les richesses de leur situation.
"Mon mari, signe pour l’Eglise du Christ, confie Françoise, l’est de
façon privilégiée dans sa propre famille, cellule d’Eglise. Les enfants
pensent que leur père a beaucoup changé dans sa manière d’être présent à la
maison. Il n’est pas là plus souvent, son travail est toujours absorbant,
mais il est plus en paix. Il aborde ses soucis avec plus de calme".
Il n’y a pas de modèle type. Chaque couple est différent. "Le diaconat,
dit Geneviève, ne vient pas récompenser des super-militants. Nos engagements jusqu’alors étaient plutôt modestes. Nous nous sommes peu interrogés
sur les raisons des prêtres qui nous proposaient une telle préparation.
Nous qui sommes pourtant prudents de tempérament, nous leur avons fait confiance. Nous avons réfléchi ensuite à l’appel de Dieu venu par eux".
Elles ont accepté l’ordination de leur époux et en parlent volontiers
commme un cadeau de Dieu à l’Eglise, mais aussi pour elles. Dis-moi comment
tu reçois les cadeaux, je te dirai ce que tu donnes... (apic/pnd/bd)