L’ombre du "Virgin Megastore"
Paris, 7janvier(APIC) Alors que le magasin de musique "Virgin Megastore"
sur les Champs-Elysées fait la une des journaux pour avoir bravé l’interdiction d’ouverture des magasins le dimanche, Mgr Pierre Eyt rappelle dans
une déclaration datée du 6 janvier que "à terme très proche", le "Jour du
Seigneur" le sera toujours moins, avant que ce ne soit le tour des autres
jours de fête. Pour l’archevêque de Bordeaux, le débat sur le travail du
dimanche "est un signe parmi d’autres de la dérive de notre société vers
une liberté mal comprise".
Il y aurait en France sept à huit millions de personnes qui travailleraient le dimanche notamment en raison d’obligations liées à certaines professions, relève Mgr Eyt. L’on observe par ailleurs que pour de nombreuses
personnes, les horaires de la semaine sont si remplis qu’il leur est
impossible d’effectuer toutes les démarches et toutes les "courses" souhaitées, en particulier dans le domaine des biens "culturels". D’où l’idée de
demander l’ouverture le dimanche de commerces précisément de biens et de
services "culturels" (livres, disques, matériels hi-fi, tv, etc.).
Appel à l’action syndicale
L’Eglise catholique a toujours attaché une grande importance au dimanche, "Jour du Seigneur", souligne l’archevêque de Bordeaux, non seulement
pour des raisons religieuses liées à la sanctification de ce jour par la
messe, mais aussi pour des raisons sociales se rattachant à l’obligation du
repos hebdomadaire visant les employeurs. Aux yeux de Mgr Eyt, il y a donc
un motif religieux et un autre social d’être attentif au dimanche. Et de
noter que les changements légaux qui pourraient intervenir en ce domaine
(les grands distributeurs comme Ikea ou Leroy-Merlin mènent la bataille
dans ce sens depuis plusieurs années) "appellent la vigilance des évêques,
comme ils appellent, sur un autre plan, l’action des organisations
syndicales".
Mgr Pierre Eyt craint en effet que la demande d’ouverture le dimanche
des commerces de biens et service dits "culturels" risque de faire bientôt
boule de neige dans tous les secteurs et activités économiques. L’argumentation qui prévaut actuellement, relève-t-il, est globalisante et son motif
principal est lié à la liberté plus grande du consommateur.
A son avis, "les arguments mis en avant sont pourtant tout à fait discutables". La portée sociale du débat sur l’ouverture des commerces le dimanche contredit l’apparence de neutralité politique et culturelle que revêt,
à première vue, une telle question, affirme l’archevêque de Bordeaux. Si
une décision générale est prise dans le sens d’une totale libéralisation,
affirme-t-il, la société entrera "dans une nouvelle phase de destructuration du temps social".
En Angleterre aussi
Notons que l’évêque catholique de Leeds, Mgr David Konstant, a également
protesté dimanche contre l’ouverture dominicale de nombreux commerces en
Angleterre, rappelant la nécessité pour l’homme d’avoir un jour dans la semaine pour "recharger ses batteries" et du temps pour prier. Les responsables de quatre Eglises chrétiennes ont envoyé le même jour une lettre de
protestation au premier ministre britannique John Major dans laquelle ils
demandent au Parlement de mettre un terme à l’ouverture dominicale illégale
de nombreux commerces. (apic/com/kna/be)