Quelle communication pour l’Eglise?
Aix-en-Provence, 19avril(APIC) La communication dans l’Eglise, le rôle de
cette dernière dans les médias d’aujourd’hui. Tout un débat et un programme
que des spécialistes en la matière n’ont pas hésité à aborder lors d’un
colloque tenu du 15 au 16 avril à Aix-en-Provence, en France, à l’instigation de l’Institut de Droit et d’Histoire Canonique (IDHC) d’Aix-en-Provence.
Comment les médias véhiculent-ils l’information sur l’Eglise? Comment
l’Eglise utilise-t-elle les médias pour sa mission? Deux questions largement abordées par une trentaine d’intervenants, universitaires et journalistes des médias "confessionnels" et de la "grande presse", hommes d’Eglise ou les deux à la fois, comme le Père Pasquale Borgomeo, directeur général de Radio Vatican. Un colloque, articulé autour du thème "Les Eglises et
les médias", ouvert par Mgr John Patrick Foley, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, chargé de présenter la "communication institutionnelle dans l’Eglise".
Depuis ses origines, l’Eglise a toujours eu pour mission de parler, de
témoigner, de porter le message du salut aux extrémités de la terre. Elle a
accompli cette mission en dépit de l’opacité des mots et des limites des
images. Comment, en effet, traduire en images les réalités spirituelles?
Pendant les premiers siècles, c’est l’évêque qui, "à travers ses homélies",
a assuré la formation spirituelle des croyants, a expliqué le professeur
Jean Chélini, directeur de l’IDHC. Mais aujourd’hui, l’évangélisation passe
par le canal des moyens de communication sociale modernes. Le Père jésuite
Borgomeo a présenté Radio Vatican comme "l’instrument du ministère de Pierre au service de la construction du Royaume de Dieu qu’est l’Eglise".
Pour le Frère Bernard Marliangeas, directeur du "Jour du Seigneur" sur
"France II", l’émission permet à l’Eglise d’annoncer l’Evangile, sans être
pour autant "la tribune de l’épiscopat". Un discours qui vaut également
pour la presse écrite: Jean-Marie Brunot, directeur délégué du groupe "Bayard Presse", a défini le rôle de son groupe comme "un accompagnement des
diverses tranches d’âges, jeunes, seniors, grand public... Accompagnement
des catéchistes, accompagnement de la prière et de la liturgie, avec la revue "Signes", accompagnement par la documentation avec "la Documentation
catholique" qui publie les textes officiels.
Exigences et difficultés
Entre l’Eglise et les médias, qu’ils soient confessionnels ou "de grande
diffusion", les relations ne sont pas toujours faciles. Le Père Jean-Michel
di Falco, porte-parole de l’épiscopat français, a fait état des difficultés
qu’il rencontre dans son rôle de médiateur entre l’Eglise et les médias. En
évoquant une double méfiance: celle des évêques qui redoutent la distorsion
de leurs déclarations; celle de l’institution par rapport à tout ce qui
émane des médias.
Noël Copin, directeur de "La Croix", a pour sa part énuméré quelques-uns
des défis auxquels se trouvent confrontés les journalistes de son quotidien: défi de l’existence matérielle; de l’information - "pas de prédication" -; de la signification. Défi enfin des valeurs "dans une société en
panne de sens, de transcendance et d’espérance". "La Croix", a-t-il déclaré, "se doit de se faire l’écho de la vie des chrétiens, de faire en sorte
qu’ils participent aux grands débats de notre société".
L’information religieuse dans les "grands médias"
Robert Serrou, conseiller de la direction de "Paris-Match", s’est quant
à lui situé sur le plan d’un "hebdomadaire de grande diffusion populaire".
Les difficultés de l’information religieuse sont d’un autre ordre que celle
de la presse confessionnelle car "l’information religieuse n’intéresse plus
les médias". Un signe révélateur "du hiatus entre la morale professée par
l’Eglise et ce que vivent les gens". Selon Jacques Bonnadier, informateur
religieux à Marseille, l’information religieuse doit obéir à trois règles
d’or: donner aux gens des raisons d’espérer, "être avec" et respecter le
pluralisme.
Pour René Rémond, historien et président de la Fondation nationale des
Droits de l’Homme, qui a tiré les conclusions des travaux, la communication
est entrée dans le champ de réflexion chrétienne. Il y a une dimension
théologique de l’actualité. Comme l’histoire, l’Eglise est un peuple en
marche. "Mais l’Eglise doit aussi comprendre et accepter qu’elle a envers
les médias des droits: droit au respect de la vérité, à la présentation objective du fait religieux, à l’égalité de traitement avec les autres acteurs de la vie sociale". En même temps, a-t-il souligné, elle a des devoirs, comme ceux d’acquérir une compétence en vue d’une meilleure communication, de respecter l’autonomie des médias, d’accepter le pluralisme, de
ne pas réclamer de privilèges, faire confiance et se situer dans la vérité.
(apic/ecl/pr)