France: célébration du centenaire (181190)
Paris, 18novembre(APIC) Ouverte officiellement le 15 novembre 1890 par le
Père Marie-Joseph Lagrange, dominicain de la province de Toulouse
(1855/1938), l’Ecole Biblique de Jérusalem a organisé à Jérusalem plusieurs
cérémonies commémoratives. Mais c’est à Lyon et à Paris qu’auront lieu du
20 au 23 novembre les célébrations du centenaire.
Au couvent de l’Arbresle (Lyon) se déroulera, du 20 au 22 novembre, un
grand colloque sur le thème: "Naissance de la méthode critique", qui verra
la participation de nombreux spécialistes des sciences bibliques, parmi
lesquels les exégètes de Jérusalem. Deux conférences majeures y seront prononcées par le Père Claude Sélis, du couvent dominicain de Froidmont (Belgique), qui parlera de "La contribution des Dominicains à l’exégèse avant
l’Ecole Biblique", et par le Père Benoît Montagne, qui s’exprimera sur "Le
Père Lagrange et l’ordre de Saint Dominique". A Paris, le 23 novembre, la
séance solennelle de rentrée de l’Académie des inscriptions et belles-lettres sera entièrement consacrée à l’Ecole Biblique: suivront une visite au
musée du Louvre, où sont exposées les principales pièces découvertes par
l’Ecole Archéologique en cent ans de travail.
Un long combat
Lorsqu’il arrive en 1890 au couvent Saint-Etienne construit par les dominicains français à Jérusalem-Est, dix ans après la décision du gouvernement français d’expulser les congrégations religieuses, le Père Lagrange
est animé d’une passion: aller aux sources de la Bible. "Les textes, toujours les textes, et autant que possible sous leur forme primitive", dirat-il. Comment étudier la Bible ailleurs qu’à Jérusalem? Projet audacieux
qui éveillera la méfiance de l’Eglise catholique. En pleine crise de modernisme, Rome ne voit guère d’un bon oeil ce qu’elle considère comme une désacralisation d’un livre inspiré et dicté par Dieu: lui appliquer les règles de la critique historique, c’était en effet jeter la suspiscion sur
toute interprétation littérale du texte biblique, pensait-on à Rome.
Longtemps, l’oeuvre du Père Lagrange fut tenue pour "dangereuse", ses
travaux interdits par Rome, ses ouvrages proscrits par les séminaires.
C’est même pour faire contrepoids à l’"entreprise sacrilège" que fut fondé
l’Institut Biblique Pontifical (1909), confié par le Saint-Siège aux jésuites.
Il faudra une lente évolution pour que, l’Ecole s’imposant par la qualité de ses travaux, justice soit rendue au Père Lagrange et à son Ecole. Pie
XII est le premier pape à approuver sa démarche (Encyclique "Divino afflante", 1949). Paul VI dira de lui: "Un grand maître de l’exégèse, un homme
dans lequel ont brillé de façon exceptionnelle la sagacité critique, la foi
et l’attachement à l’Eglise". Aujourd’hui est en cours le procès en béatification du Père Lagrange, mort en 1938 à l’âge de 83 ans.
Plus dynamique que jamais
Première institution catholique à se vouer exclusivement à l’étude
scientifique de la Bible, l’Ecole Biblique de Jérusalem a formé une pléiade
d’exégètes de renom international: M.-A. Jausen, L.-H. Vincent, R. Savignac, F.-M. Abel, P. Dhorme, B. Couroyer, R. de Vaux, P. Benoît, R.-J. Tournay, M.-E. Boismard,... Son oeuvre la plus connue est "La Bible de Jérusalem", disponible depuis 1956, dont la grande nouveauté consistait en un important apparat critique, fruit de longues années de recherche.
Il faut évoquer aussi les travaux archéologiques menés par les dominicains de Jérusalem, travaux qui permirent à l’Ecole d’être reconnue dès
1920 par l’Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris). On doit à
ce qui s’est appelé depuis l’Ecole Archéologique française les fouilles de
Qumran, où furent découverts les manuscrits de la mer Morte, et de la citadelle d’Amman, ainsi que l’exploration de Tell-el-Farrah (Naplouse).
L’Ecole Biblique est aujourd’hui dirigée par le Père Jean-Luc Vesco. Elle est actuellement fréquentée par une trentaine d’étudiants qui y travaillent en permanence sous la conduite d’une vingtaine de dominicains. Ils
étudient d’abord le texte biblique, mais aussi les langues orientales, la
littérature rabbinique et l’épigraphe grecque et sénique. L’Ecole possède
une bibliothèque spécialisée qui compte plus de 100’000 ouvrages, dont 400
périodiques scientifiques. Habilitée par le Saint-Siège à décerner le doctorat es sciences bibliques, l’Ecole publie plusieurs revues: la "Revue biblique", la collection des "Etudes bibliques" et les "Cahiers de la Revue
biblique". (apic/cip/pr)