France: Assemblée plénière des évêques de France (301089)
Lourdes, 30octobre(APIC) Dans son discours d’ouverture de l’assemblée
plénière des évêques de France qui se tient à Lourdes du 27 au 30 octobre,
le cardinal Albert Decourtray, président de la Conférence épiscopale, avait
évoqué les "événements récents" qui interpellent la société française, et
notamment "la querelle actuelle du voile islamique". Le cardinal avait également posé la question de la laïcité: "Comment donner au cadre institutionnel de la laïcité un contenu qui permette de porter au bénéfice de la
nation les richesses, les dynamismes et les projets de toutes ses composantes?"
On pouvait penser, à la suite de cette interpellation, que les évêques
allaient aborder la question. Il n’en a rien été, du moins dans les séances
publiques. Cependant Mgr Jean Vilnet, évêque de Lille et ancien président
de la Conférence épiscopale française, a accepter d’évoquer ce problème
pour l’agence APIC. Avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France
en 1905, "le statut de la laïcité était une idée négative, estime l’évêque
de Lille, qui ajoute aussitôt: mais dans le même temps, l’Etat protégeait
et garantissait le libre exercice des religions. C’est ainsi que se sont
notamment créées des aumôneries dans les hôpitaux, lycées, prisons, casernes..."
Au fil des années et des événements, "des décisions législatives et administratives sont venues compléter la loi, d’abord pour les religions
chrétiennes et le judaïsme, mais incluant aujourd’hui l’islam et le
bouddhisme". Etant donné cette évolution, Mgr Vilnet écarte l’idée d’une
nouvelle loi, mais souhaite "une mise à jour de la législation en fonction
de la jurisprudence, dès lors que les Eglises se situent dans la société
laïque et se montrent tolérante au point de vue politique". C’est ainsi,
par exemple, que l’Eglise catholique n’a donné depuis 20 ans aucune consigne de vote, mais prend parfois position sur les problèmes de société
(films, pilules abortives, racisme...).
Un des rôle de "Conseil d’Eglises chrétiennes en France", qui rassemble
les Eglises catholique, protestante et orthodoxe, est précisément de permettre aux Eglises de prendre des positions communes sur des problèmes de
société. Cela s’est fait notamment, rappelle le Père Vilnet, lors des attentats, à l’automne 86, qui ont ensanglanté Paris - les communautés juives
et musulmanes avaient alors été associées à la démarche.
Mais la question qui se pose aujourd’hui avec l’islam est différente,
estime l’évêque de Lille: "Il s’agit aussi d’une religion monothéiste, mais
à la différence des Eglises chrétiennes, qui sont des Eglises d’adhésion
libre, l’islam implique l’adhésion à une religion et à une nation musulmane". Dans quelle mesure, en effet, l’islam peut-il, tel qu’il est actuellement, se situer dans la société laïque française? Dans quelle mesure peutil de ne pas peser sur les décisions politiques?
"A travers la confrontation entre les deux types de religion monothéiste, il nous faut réfléchir aux enjeux religieux et savoir ce que nous pouvons demander ensemble pour un statut des religions dans la société française", conclut Mgr Jean Vilnet. (apic/mjh/pr)