à la veille des élections européennes
Paris, 2juin(APIC/CIP) "Les péripéties de la formation des listes ne
doivent pas faire oublier l’enjeu de ces élections: la construction européenne et non les transformations du paysage politique français. Ne nous
trompons pas d’élection": c’est l’avertissement adressé par la commission
française "Justice et Paix", dans une déclaration où elle souligne l’importance du scrutin et invite à y participer.
Selon la commission française, "la construction européenne, engagée depuis longtemps, est en marche", écrit-elle, en poursuivant: "Elle nous concerne directement, mais elle conditionnera aussi l’avenir des autres
peuples du monde. Les députés que nous allons élire seront en fonction au
moment de la réalisation du grand marché de 1993, ils auront leur mot à dire sur l’Europe qui se fait, sur ses rapports avec l’étranger. Ces élections sont importantes, il faut voter, exercer nos droits de citoyens que
nous envient tant de personnes soumises à des dictatures".
"Justice et Paix" souhaite en outre attirer l’attention des candidats,
de leurs partis, des chefs d’entreprises, des syndicalistes, des parlementaires et du gouvernement français sur trois points qui lui paraissent "essentiels pour que la construction européenne soit fidèle aux valeurs qui
ont fondé l’Europe et qui justifient son rayonnement dans le monde".
La commission estime tout d’abord que l’"Europe du grand marché ne peut
être seulement pour le profit des entreprises et des détenteurs de capitaux". Elle dit sa crainte que l’indispensable harmonisation fiscale ne
vienne "pénaliser les revenus du travail par rapport à ceux provenant
d’opérations purement financières, voire spéculatives"; que la réforme de
la TVA ne conduise à une diminution des crédits publics affectés à la solidarité; que la compétition économique accrue et la primauté accordée
n’accroisse encore le nombre des exclus (chez les chômeurs, les petits
agriculteurs, les jeunes...). Pour la commission, une telle évolution n’est
"ni fatale ni inéluctable": il est possible de "réintégrer les exclus dans
la vie active sans se borner à les indemniser", de "concilier l’efficacité
économique et la justice sociale".
L’Europe, oui, mais laquelle?
L’Europe ne peut non plus s’édifier solidement sur le mépris ou le rejet
de l’étranger, à savoir les travailleurs immigrés et les réfugiés politiques qui demandent l’asile, mais aussi "toutes les nations et tous les
peuples exclus du développement économique ou de la démocratie". En effet,
"il serait illusoire de penser que la CEE pourrait constituer un flot durable de prospérité dans un monde en proie au sous-développement et à ses
conséquences". Pour la commission, l’Europe a tout intérêt à lutter contre
le sous-développement, qui freine l’indispensable élargissement de la demande mondiale. "Cette lutte coûtera de l’argent aux contribuables européens, il faut qu’ils le sachent, mais cet argent est la condition de la
justice et de la paix", ajoute la commission.
Parmi les moyens possibles, la déclaration signale notamment le règlement de l’immense question de la dette, les transferts des technologies, le
refus du protectionnisme. Elle montre aussi le lien entre le développement
authentique et les droits de l’homme et la démocratie: l’Europe ne peut
être pusillanime dans ces domaines, même pour sauvegarder des marchés commerciaux, sans quoi "tout cet argent investi dans le développement risquerait de l’être en pure perte".
Enfin, "Justice et Paix" appelle de ses voeux une communauté politique
européenne, dotée des instruments politiques et des moyens financiers
nécessaires, communauté politique indispensable pour plus de justice et de
solidarité. "La communauté européenne actuelle reste avant tout une communauté économique, constate la commission, bien que l’Acte Unique du Luxembourg contienne les germes d’une coopération politique accrue... Il n’est
donc pas surprenant que l’économie domine la construction européenne. Or,
l’économie ne peut tout traiter, tout régenter, sauf à faire de l’argent la
règle et la mesure de toute chose, situation inacceptable au regard des valeurs chrétiennes. La prise en compte de tous les aspects de la vie sociale, du développement intégral des hommes, de la solidarité intérieure ou à
l’égard des pays sous-développés, relève directement de la mission d’un
pouvoir politique. Chacun devrait en être persuadé: il n’y aura pas d’Europe éthique sans Europe politique", conclut la commission. (apic/cip/pr)