Fondation de la Société suisse d’éthique biomédicale (SSEB) (010389)
Berne, 1er mars(APIC) Face aux récentes avancées de la science médicale et
aux risques de dérapage entraînés par ces progrès - pensons aux manipulations rendues possibles par la biogénétique - les scientifiques ressentent
de plus en plus la nécessité de développer la réflexion éthique. C’est pour
répondre à ce besoin qu’a été fondée mercredi à Berne la Société suisse
d’éthique biomédicale (SSEB), avec la bénédiction de l’Académie suisse des
sciences médicales.
Interdisciplinaire - elle recrutera des médecins, des membres du personnel médical et des professions paramédicales, des juristes, des théologiens, des éthiciens, etc. - la SSEB sera "oecuménique au sens large", mais
sans liens directs avec les Eglises. Elle veut traiter de ces enjeux de société "dans un cadre à la fois rigoureux, universitaire, et largement ouvert au débat démocratique". Lors de sa séance constitutive du 1er mars,
elle a élu à la présidence l’éthicien Alberto Bondolfi, collaborateur
scientifique à l’Institut d’éthique sociale de l’Université de Zurich.
Pas d’a priori confessionnels
Vice-président de la nouvelle Société, le Prof. Eric Fuchs, de la Faculté de théologie de l’Université de Genève, affirme qu’elle sera un lieu
ouvert, sans a priori philosophique, confessionnel, religieux ou politique,
la seule exigence étant la rigueur intellectuelle et la compétence scientifique des chercheurs. "Nous voulons par là nous distinguer très clairement
d’autres sociétés qui partiraient avec des préalables en particulier confessionnels ou philosophiques". La SSEB entend ainsi se démarquer de la Société suisse de bioéthique qui mène déjà un débat public depuis plusieurs
années, une Société qui, de l’avis d’Eric Fuchs, "utilise le terme de bioéthique dans un sens très restrictif, avec un a priori très clair, notamment en ce qui concerne le statut de l’embryon." La nouvelle Société ne
donnera toutefois pas dans le "neutralisme fade" et n’empêchera nullement
les convictions personnelles de s’exprimer.
Bénéficiant également de l’appui de la Faculté de Théologie de l’Université de Genève et de l’Institut d’éthique sociale de l’Université de Zurich, la SSEB se propose de populariser la réflexion éthique, de la faire
sortir de sa tour d’ivoire et de permettre un débat public sur des questions essentielles de l’avenir de la société. Elle ne va certainement pas
s’occuper de refaire les études déjà produites sur des thèmes controversés
comme la fécondation in vitro. Elle souhaite plutôt réfléchir sur des problèmes à plus long terme, comme les nouveaux développements de la génétique.
La SSEB souhaite devenir un interlocuteur et un partenaire de dialogue
avec les instances politiques et universitaires et développer des sections
locales. Elle va entretenir des relations avec des sociétés analogues
d’autres pays et demander son adhésion à la Société suisse des sciences
humaines et à l’Association européenne des centres d’éthique médicale.
A l’instar de l’Académie suisse des sciences, la SSEB n’aura aucun pouvoir au sens légal du terme, relève le Prof. Bernard Courvoisier, président
de la Commission centrale d’éthique de l’Académie suisse des sciences médicales. Elle n’émettra que des recommandations et des directives. Comprenant
déjà une trentaine de membres avant même d’être formellement constituée, la
nouvelle Société d’éthique biomédicale va lancer une vaste campagne de
recrutement auprès des associations de médecins, de personnel infirmier et
de diverses associations faîtières concernées, pour mener le débat sur une
base aussi large que possible. (apic/be)