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    Le pape demande le changement de la législation sur l’avortement

    Fin de la visite pastorale de Jean Paul II en Pologne (090691)

    Varsovie, 9juin(APIC) Au terme de son périple de neuf jours en Pologne du 1er au 9 juin - le pape Jean Paul II a lancé dimanche une ultime mise en

    garde contre le mauvais usage de la liberté retrouvée et un appel au changement de la législation polonaise sur l’avortement et à l’engagement des

    chrétiens pour la protection de la vie. Le pape Jean Paul II retrouvera son

    pays natal les 14 et 15 août prochains, à l’occasion de la célébration de

    la sixième Journée mondiale de la Jeunesse, au célèbre sanctuaire marial de

    Czestochowa.

    A l’occasion du dernier jour de sa 4e visite pastorale en Pologne, rencontrant dimanche après-midi l’épiscopat et les supérieurs religieux, le

    pape est revenu sur le thème maintes fois abordé durant ce voyage, celui de

    la construction de la nouvelle Pologne de l’après-communisme. Le pape a remarqué que sous le régime totalitaire qui a précédé, l’Eglise a pris la défense de l’homme face au système communiste : "Elle a quasiment créé un

    espace dans lequel l’homme et la nation pouvaient défendre leurs droits".

    Défendre l’homme contre le mauvais usage de sa liberté

    A présent, a ajouté le pape, "l’homme doit trouver un espace dans

    l’Eglise pour, dans un certain sens, se défendre contre lui-même, contre un

    mauvais usage de sa liberté...". Jean Paul II a observé que la reconnaissance dont bénéficiait alors l’Eglise n’est plus la même aujourd’hui : "Il

    lui faut plutôt tenir compte de la critique, et probablement même de quelque chose de pire".

    Faisant allusion encore une fois au grave problème de l’avortement, le

    pape, citant la déclaration publiée par les cardinaux à l’issue du dernier

    consistoire, dans laquelle le Sacré-Collège affirmait "l’inviolabilité sacrée de la vie humaine", a souligné la nécessité d’éviter "le grand mal

    qui, en relation avec la loi permissive de l’année 1956 légalisant la suppression de la vie des enfants à naître, s’est répandu dans la société polonaise". "Une position claire de la loi face à l’avortement est indispensable", a-t-il déclaré au siège de la Conférence épiscopale polonaise.

    La veille, au cours d’une rencontre pleine d’émotion et hautement symbolique, Jean Paul II s’était entretenu durant une trentaine de minutes au

    Palais présidentiel du Belvédère à Varsovie avec Lech Walesa, l’ancien leader du syndicat Solidarité devenu président de la République polonaise. Aucun discours n’a été prononcé lors de cette rencontre. Le pape s’est ensuite rendu au château royal de Varsovie où, en présence de Lech Walesa, il a

    salué les membres du gouvernement et du Parlement, devant lesquels il a

    évoqué la Constitution polonaise du 3 mai 1791. Cette Constitution, a-t-il

    rappelé, était la première du continent européen et la seconde dans le monde après celle des Etats-Unis. Il a relevé que ce document éphémère méritait de rester un "point de référence, un modèle" pour élaborer la nouvelle

    Constitution dont doit se doter la nouvelle République polonaise.

    Oui à l’économie de marché, mais dans la solidarité

    Le pape a souhaité que les Polonais, en introduisant le marché libre, ne

    cessent de consolider l’attitude de solidarité dont un aspect important est

    le souci des droits de l’homme, à commencer par le plus important d’entre

    eux : le droit à la vie. Cette solidarité doit être intégrale, a-t-il dit,

    et il n’est donc pas permis d’en exclure les enfants à naître.

    A la cathédrale, Jean Paul II a célébré la messe et chanté un Te Deum à

    l’occasion du bicentenaire de la Constitution de 1791. Dans l’après-midi,

    le pape a célébré dans l’église du Sacré-Coeur la messe d’ouverture du second synode national de l’Eglise polonaise. Ce synode plénier, qui se poursuivra jusqu’au 23 avril 1997, est axé sur la nouvelle évangélisation et

    sur le rôle des laïcs dans l’Eglise.

    La voix de l’Eglise dans la nouvelle Europe

    Jean Paul II, rencontrant ensuite le corps diplomatique à la nonciature

    de Varsovie, a rappelé dans un long discours le rôle joué par l’Eglise dans

    le monde communiste et celui qu’elle est désormais appelée à jouer dans la

    nouvelle Europe. L’Eglise, a-t-il souligné, veut être "le courageux porteparole de ces valeurs et de ces traditions qui hier ont façonné l’Europe et

    qui aujourd’hui sont capables de faire son unité".

    Et de lancer cet avertissement : "Si le substrat religieux et chrétien

    de ce continent devait être marginalisé pour ce qui regarde son rôle d’inspiration de l’éthique et son efficacité sociale (...), l’avenir de l’homme

    européen - je veux dire de chaque homme européen, croyant ou non croyant serait gravement compromis". Jean Paul II a ajouté à ce propos que les

    Etats pluralistes ne peuvent renoncer aux normes éthiques dans leurs législations et dans la vie publique, en particulier quand il y va de la protection de la vie. En fin de soirée, s’adressant au monde de la culture au

    Grand Théâtre de Varsovie, le pape a rappelé combien le système communiste,

    en privilégiant l’avoir, sacrifiait l’être humain. La nouvelle République

    polonaise doit s’atteler à la reconstruction économique et donc à

    l’augmentation du niveau de l’avoir, a-t-il dit, "mais l’économie se

    réalise aussi à travers la culture".

    Rencontre avec la communauté juive

    Rencontrant dimanche matin à la nonciature la communauté juive de Pologne - les Juifs étaient 3,3 millions en Pologne à la veille de la guerre;

    ils ne sont plus aujourd’hui que 10 à 15’000 suite au génocide nazi et à

    l’émigration - le pape a lancé un appel à l’unité entre Polonais et Juifs.

    Un appel certes pas inutile face au regain d’antisémitisme visible aujourd’hui en Pologne. Jean Paul II a cité la lettre publiée par les évêques

    polonais le 30 novembre dernier : "La même terre, qui a été la patrie commune des Polonais et des Juifs où a été répandu un sang commun, cette mer

    de monstrueuses souffrances et de préjudices subis, ne doit pas nous séparer, mais au contraire nous unir".

    Le pape, après avoir mentionné les importants documents de l’Eglise

    concernant le dialogue avec les Juifs - notamment la Déclaration du Concile

    Vatican II "Nostra aetate" (sur les relations avec les religions

    non-chrétiennes) - a relevé que le monde, après l’extermination de la

    dernière guerre, a donné une patrie aux Juifs et les nations civilisées se

    sont attachées à déraciner l’antisémitisme. "Après un intervalle de deux

    mille ans, a-t-il lancé, les Juifs ont enfin obtenu leur propre Etat; les

    nations de civilisation chrétienne ont entrepris le travail difficile de

    déraciner des mentalités tout préjugé injuste et d’autres manifestations

    d’antisémitisme.- A cette oeuvre ont pris part activement les Eglises

    chrétiennes, parmi lesquelles l’Eglise catholique".

    Participant dimanche matin à une rencontre de prière oecuménique dans

    l’église luthérienne de la Sainte-Trinité à Varsovie, le pape a observé que

    la Pologne (pays dans lequel il n’y a plus que quelque 100’000 protestants

    de diverses dénominations, un nombre supérieur ayant émigré en Allemagne

    dans les années 70) s’est distinguée par le passé par une tolérance rare à

    l’époque en Europe. Condamnant l’intolérance, "une maladie de l’humanité et

    l’ignominie des Eglises", et "la mentalité fondamentaliste", le pape a

    plaidé pour que soit reconnu toujours et partout le droit de suivre sa

    conscience et de confesser sa propre foi, pour autant que ne soient pas

    violées les exigences de l’ordre public. Le pape a ensuite célébré au Parc

    Agrycola une messe à l’occasion du centenaire de l’encyclique "Rerum novarum" au cours de laquelle il a béatifié un franciscain polonais, Rafal Melchior Chylinski (1694-1741), un homme, a-t-il souligné, que caractérisaient

    à la fois une profonde piété et une grande sollicitude pour les pauvres.

    Attention à l’esclavage du matérialisme

    Lors de la cérémonie de congé à l’aéroport de Varsovie, le pape a encore

    invité les Polonais à ne pas perdre courage face aux difficultés actuelles.

    "Ne permettez pas, a-t-il lancé en conclusion, que vous soit imposé l’esclavage de diverses formes de matérialisme, lequel rétrécit le champ visuel

    des valeurs et diminue l’homme lui-même... L’Esprit de vérité apporté par

    le Christ est source de la vraie liberté et de la vraie dignité de l’homme". (apic/jt/cic/be)

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